Dans Premiers soins, son premier recueil, Dany Goudreault explore les aléas de la résilience et de la déréliction d’un homme livré à l’impuissance par la maladie. Il pose d’emblée un regard dur sur notre monde où vivre revient à « [a]ssassiner l’enfance en soi / [p]lanqué derrière la rage », où « [l]’inéluctable nous unit / [e]n ces lieux communs / [c]hacun pour soi ». Mais à l’aliénation du moraliste s’arrime bientôt la maladie : l’altérité de l’esprit se prolonge dans celle du corps. En l’absence de remède, un mal incertain se dégrade en dérive : mais donnez-lui un nom, incarnez-le dans un corps, et voilà que la guérison est imposée au souffrant : « [o]n me traîne les pieds / [d]e gré ou de force / [e]t pour mon bien ». Il n’y a pas à dire, « [l]a santé c’est les autres ».

Le séjour à l’hôpital qui s’ensuit contraint le moraliste à l’existentialisme. Sa quête de sens investit les corridors défraichis de l’hôpital où le poète dépeint la faune d’infortunés qui les hantent. Son ton ne perd rien de son mordant, comme le démontrent ce motard arborant « les tatouages de la radiothérapie », Lise, la propriétaire de la boutique où « les bouquets bon marché fleuri[ssent] »,  en passant par le médecin « chamane à blouse blanche » et l’infirmière qui « marine (…) / [d]ans ses rêves brisés ». Mais à force de s’ « accroche[r]  à bout de bras brisés / [a]ux souffrances communes », on risque de se laisser distraire de l’essentiel, de la présence de l’être aimé, dont l’apparition à la fin du recueil coïncide avec la guérison : « Maîtresse des sciences de l’épuisement / Je m’en remets miraculé / À tes soins ».

On pourrait être sévère avec Premiers soins, et lui reprocher l’absence de véritable lien, sinon purement circonstanciel, entre les poèmes et les sections qui les regroupent, ses allitérations parfois forcées, le manque d’élagage de certains de ses textes qui s’étirent un tantinet, son défaitisme appuyé qui fait en sorte que la note finale d’espoir semble plaquée tellement elle tranche avec l’ironie générale. Néanmoins, ce qu’on retiendra du recueil de Goudreault, ce ne sont pas ses accrocs stylistiques, c’est plutôt son caractère brut, sa livraison sentie marquée par une grande maîtrise du rythme. Le talent de portraitiste du poète est certain, tout comme l’est son flair pour la satire et la formule. En définitive, Premiers soins est un premier recueil convaincant, et nous attendons avec impatience la suite.

– Hugo Beauchemin-Lachapelle

David Goudreault, Premiers soins,  Écrits des Forges, Trois-Rivières, 72 pages.