Originaire d’Australie et habitué de tourner au Mexique, Michael Rowe abandonne les contrées chaudes pour camper son nouveau film dans un recoin frigorifique du Québec. Si le visuel de Premières neiges est sublime, les maladresses à rendre l’intimité nordique démontrent que le cinéaste n’est pas d’ici.

Quel beau défi de réaliser un drame intimiste chez un peuple qu’on ne connaît pas ! Dès le début du film, un écart entre le cinéaste et la réalité linguistique du Québec se trace par le fait que les acteurs francophones Suzanne Clément et Paul Doucet se parlent en anglais. L’écart de l’improbabilité s’élargit à mesure qu’on apprend qu’ils vivent en campagne où il y a plus de francophones; à force aussi d’écouter leur accent marqué qui n’en fait pas des anglophones de souche.

Le naturel revient quand l’homme, au travail, parle en français avec ses collègues. Alors, le cinéaste emploie l’anglais pour une raison. Au bout d’un certain temps, on comprend que la femme est d’origine russe, qu’elle ne parle pas français. Pourquoi avoir choisi cette nationalité ? Fantasme nordique ? Cinéaste du sud, Michael Rowe voit peut-être la Russie et le Canada comme des pays jumeaux ? Peut-être a-t-il cherché alors à représenter un archétype de son inspiration du cinéma russe.

Bien que les problèmes de couple, l’adultère, l’alcoolisme, le rapport à la maladie et à la mort soient des thèmes universels, apparemment on ne peut pas les traiter de la même façon à Melbourne, à Mexico ou à Montréal. Le cinéaste a rassemblé tous ces problèmes au sein d’un seul couple formant une famille avec deux enfants. À force de voir s’ajouter des éléments tragiques dans la trame narrative, le spectateur doit démêler un peu trop de drames, du moins pour un seul film.

Disons que le film n’est pas construit autour d’un récit comme on pourrait s’y attendre. Allez savoir ce que cet homme et cette femme font ensemble? La froideur de leur liaison ne nous laisse même pas croire au mystère de l’amour. Par contre, lui, il aime les antiquités, et elle, elle aime le design. Il s’agit de lire la psychologie des personnages à l’aide de la matière qui les entoure. L’homme travaille dans une maison de personnes âgées, il utilise des machines et s’occupe des mourants. La femme passe beaucoup de temps à la maison à jouer avec son téléphone intelligent ou à utiliser son ordinateur. L’homme est attaché au passé par ses remords, tandis que la femme présage le retour de son amant.

 Champ de vision

« Michael trouve un noyau dans la scène, puis il en rajoute au début et à la fin », a affirmé le producteur à la suite de la projection. On a l’impression que le film est composé de cellules qu’on a emballées les unes à côté des autres.  « Les dialogues ce n’est pas mon affaire, je suis plus dans l’image », a affirmé Michael Rowe.

Quelle composition magnifique de voir le couple assis côte à côte dans leur fauteuil orange respectif face au public. Un effet de cocon se crée par le rappel de la couleur bleue, du rideau en arrière-plan et de la lumière émise par le téléphone intelligent en avant-plan. N’empêche que la description textuelle des images ne rend aucunement leur force narrative. Il faut le voir pour le croire.

En plus de l’aménagement spatial, Michael Rowe arrive à nous séduire par son souci du détail. Sa captation de petits gestes, d’éléments anodins, traduit une certaine familiarité qui nous donne presque envie de l’adopter.

– René-Maxime Parent

Premières neiges de Michael Rowe prend l’affiche aujourd’hui, le 29 janvier, au cinéma Quartier latin.
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