Si on dit le nom Samuel Beckett, la première (et souvent la seule) chose qui vient en tête de la plupart des gens est l’iconique pièce de théâtre En attendant Godot. Pour ceux qui voudrait découvrir l’auteur irlandais au delà de cette pièce, ou de son théâtre résolument absurde, vous le pouvez jusqu’au 3 novembre à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, où est présentée la pièce Premier Amour.

Le texte de Premier Amour n’est pas construit comme une pièce de théâtre, mais bien comme une courte histoire avec un seul narrateur, et ça paraît. À travers un long monologue, on découvre un homme chassé de chez lui à la mort de son père, qui tombe amoureux bien malgré lui de Lulu, qu’il rencontre sur un banc de parc.

Roch Aubert est décidément un des excellents acteurs du Québec : il porte la pièce sur ses épaules sans jamais faillir. La scénographie, épurée et on ne peut plus minimaliste, est intéressante dans ses jeux d’ombres. La mise en scène de Jean-Marie Papapietro est convenue, mais le travail sur le texte et les inflexions de voix est évident et recherché. À vrai dire, le problème de cette pièce d’une heure trente cinq n’est pas dans sa forme, mais bien dans son contenu.

Beckett est un grand auteur, mais Premier Amour est clairement un texte de lecture, avec tant de subtilités dans les jeux de mots et des phrases que le sens ne se distille que par une lecture répétée. Et en 2012, ce texte semble obsolète, n’apportant aucune connotation contemporaine ou vision parallèle à laquelle notre époque peut sincèrement s’identifier. Certaines répliques, telles des perles, nous frappent par leur vérité crue, mais le protagoniste, si vieux jeu, si peu aimable, nous dérobe de toute universalité que ce genre de théâtre cherche indéniablement à aller chercher.

Bref, un excellent travail pour un texte qui, dans sa forme théâtrale, ne méritait peut-être pas tout ces efforts.

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii)

Premier Amour, jusqu’au 3 novembre à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier