Steve Gagnon est définitivement une bien rare et heureuse trouvaille : c’est un auteur de grand talent, un dissident aux propos subversifs qui nous sert une grande leçon d’irrévérence, de désobéissance et d’humanité. Il le prouve encore une fois avec Pour qu’il y ait un début à votre langue présentée en ce moment au Théâtre Périscope.

Cette toute dernière pièce de théâtre écrite et mise en scène par Steve Gagnon, présentée à Québec après avoir connu beaucoup de succès à Montréal au printemps dernier, nous offre de grands morceaux de bravoure, atteint des niveaux très élevés d’une poésie unique en son genre.

Inspirée de l’univers littéraire de Sylvain Trudel, notamment des romans Du mercure sous la langue et Le souffle de l’Harmattan, parus respectivement en 2001 et en 2002 aux Allusifs, la pièce raconte l’histoire de Frédéric, qui, à 25 ans, se meurt dans une chambre d’hôpital en soins palliatifs. Défilent les parents de Frédéric (magnifiques Nathalie Mallette et Daniel Parent), ses grands-parents (touchants Linda Laplante et Richard Thériault), son amoureuse Odile (Pascale Renaud-Hébert, en grande forme) et son ami Wilson (électrique Jonathan Saint-Armand), nous servant tous un jeu impeccable et non moins dévastateur.

La mise en scène, très audacieuse, surprend, peut nous paraître d’abord chaotique ou échevelée, mais la destruction graduelle et systématique du décor fait très bien écho aux propos plein de fiel et de hargne du personnage principal (un fantastique Frédéric Lemay), à la dégradation de son corps, et celle de l’état mental de l’ensemble des personnages tout au fil de la pièce.

À voir à toute vitesse.

Pour qu’il y ait un début à votre langue, une production de la compagnie Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline, du 21 au 25 janvier 2020 au Théâtre Périscope. Pour toutes les informations, c’est ici.

Charles Quimper