J’ai rencontré deux des trois membres du groupe indie rock Those Trees au café coop Touski. Nous avons commandé des pintes, tisanes, des nachos et des soupes. Rien de rock là-dedans, me direz-vous. Et pourtant, le rock était bien là.

Anne-Marie et Billie émanent un charisme assumé et différent. L’une en roller-blade, l’autre en skate, tuque, percings, tatouages, cheveux courts, grosses lunettes, les deux femmes dans la trentaine m’ont partagé franchement et d’une énergie électrique leur relation à la musique : «Nous, on a toutes des carrières. On fait ça parce qu’on veut jouer de la musique avant tout. On aime ce qu’on fait, pi si ça pogne, c’est tant mieux! Mais on veut surtout pas perdre l’aspect ludique.»

Those Trees, un phénix

Le groupe est en activité depuis 10 ans, mais s’est complètement reformé depuis les deux dernières années. «Après quelques années, on voulait pas toutes la même chose. Y’en avait qui voulaient faire des photoshoots, des vidéoclips; d’autres, nous, voulaient jouer. Ça faisait 7 ans qu’on jouait les dix mêmes tounes.» Trois membres ont quitté, il ne restait plus qu’Anne-Marie et Billie.

Une 3e membre, Azalée, a rejoint les rangs. Leurs influences musicales sont différentes, du pop, punk, rock, métal, mais toujours avec l’aspect mélodique et une voix singulière. On pense notamment à The Cranberries, Tool et Placebo.

L’écriture de textes et le développement de mélodies se produisent de manière organique et démocratique. L’une lance une idée, l’autre rebondit dessus avec d’autres idées, et les trois créent. «Les chansons les plus complexes sont faites au piano, les tounes les plus cheesy sont faites à la guitare. Vu que la guit est plus simple, Azalée la bassiste se lâche lousse dans les solos de basse.»

En une année, les trois musiciennes ont composé de nouvelles chansons et ont même enregistré un album; il ne reste que le tracking et le mastering à accomplir. Grâce à une campagne de financement, elles ont pu rassembler les fonds nécessaires à l’aboutissement de leur projet. Et malgré le boulot quotidien et le dessein «non professionnel», elles se retrouvent, semaine après semaine, pour jammer, groover et rocker.

Rocker au féminin

Anne-Marie et Azalée étaient adeptes de Roller Derby, ce sport intense, DIY, organisé par et pour des femmes. Vous pouvez toujours entendre l’énergique Anne-Marie qui annonce officiellement les joutes de la ligue. Billie a commencé le skate depuis quelque années, avec toutes les bèches que ce sport incombe. L’énergie, elles en ont à revendre : elles ont l’âme de rockeuses.

Billie : «On dirait que j’avais jamais découvert mon instrument. J’ai commencé à jouer du drum, j’avais 20 ans, 21 ans. J’suis arrivée à Montréal, pis j’ai pioché sur le drum des gens, pi là j’ai fait Ah c’est vraiment mon instrument!” pis j’ai appris super vite.»

Anne-Marie Soucy a une puissante voix, un grain singulier et joue de la guitare et du piano. «J’ai commencé à jouer du piano à trois ou quatre ans. J’ai été dans des chorales au primaire, secondaire. J’écrivais des tounes pis je les chantais parce que j’étais toute seule. J’ai pris de l’assurance avec ma voix. Finalement j’aime vraiment ça, je chante toute la journée à la garderie.» Son humilité est aussi grande que sa voix est puissante.

Azalée joue de la basse a une grosse formation musicale. «Les gens, depuis qu’elle est dans le band, remarquent la bass, ça fait un nouveau son. Elle va être capable de nous dire qu’une différente note serait mieux pour le riff.»

Pour le dernier projet, toutes les actrices, en passant du design graphique aux collaborations musicales, sont des femmes. «Ç’a pas été voulu, on n’a pas prévu ça. Ça a juste adonné comme ça.»

Reste qu’elles sont bien conscientes des enjeux féministes dans le milieu musical, «Tsé, tu veux pas te faire dire vous êtes des filles, pis vous êtes bonnes” ou “t’es bonne pour une fille”. Y’a une partie de moi qui veut faire “girl power!”, pis y’a une partie de moi qui veut faire “Non on est tous des musiciens”!»

Elles m’ont confié des expériences vécues en tant que musiciennes, sachant qu’un confrère n’aurait jamais à vivre cela : «Tsé quand tu rentres dans un magasin, tu t’attends à te faire servir. Je ne me faisais jamais répondre, parce que j’étais un fille qui rentre dans la section des drums. Ça m’a pris plusieurs années à retourner au même endroit, pour que je me fasse considérer comme une cliente sérieuse.»

Elles jouent ce samedi au Bistro de Paris, et surveillez leur album à sortir bientôt.

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Raphaëlle Mirandette

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