Premier roman de Claudia Goyette, Portrait de femme en feu, paru fin août chez Leméac, retrace le parcours d’Alycia, une jeune femme étourdissante qui tente de redonner un sens à sa vie après une relation amoureuse qui n’a pas fonctionné, avec un homme, David, dont on sait très peu de choses, sinon qu’il a une patience de béton. Il en a bien besoin pour endurer les assauts incessants d’Alycia qui le harcèle pendant plus d’un an à la suite de leur relation qui n’a duré qu’un mois.

Pour tenter de redonner un certain sens à sa vie et montrer à ceux qui l’entourent qu’elle est capable de se prendre en main, la jeune femme de vingt-sept ans déménage à Sainte-Adèle où elle décroche un emploi de serveuse au café du coin. Entre ses études universitaires, l’écriture de son « roman », les chicanes puériles avec ses amies, Alycia donne de la tête un peu partout, s’étourdit, et reste continuellement prise dans ses idées et opinions fermées, souvent montées de toutes pièces par son esprit hyperactif. Alycia ne sait pas se contrôler, ne sait pas ce qui est bon pour elle, et personne n’arrive à lui faire comprendre son mal-être. On comprend qu’Alycia ne va pas bien, elle le sait, et son entourage le sait aussi. Elle s’isole de ceux qui pourraient l’aider, et s’accroche à ceux qui ne lui apportent rien de bon, mais ne semble pas vouloir s’en sortir. C’est le trait le plus agaçant du roman, Alycia ne veut que s’enfoncer un peu plus creux. On comprend que c’est une maladie mentale qui la fait agir ainsi et dans ce sens, ce roman atteint son but : nous faire sentir ce que peut ressentir une personne aux prises avec un trouble de ce type. Cependant, absolument tout semble arriver à Alycia : elle est abandonnée par son père, elle tombe amoureuse de manipulateurs sadomasochistes (deux fois plutôt qu’une), elle est victime d’un viol, doit subir un avortement, tombe amoureuse d’un professeur qui lui fait encore du mal, perd son chien, se fait abandonner par son psychiatre. Une surenchère d’évènements qui, au final, nous éloigne d’Alycia plutôt que de nous la rendre sympathique. Comme le dit le dicton populaire : « Trop, c’est comme pas assez. »

Une lueur d’espoir se fait sentir lorsqu’elle apprend que son roman, dont on ne sait rien, même pas lorsqu’elle a eu le temps de l’écrire, sera publié. Même là, le doute s’installe puisqu’on finit par comprendre qu’Alycia refera probablement les mêmes erreurs qu’avec les autres hommes avec son éditeur. Une lueur d’espoir teinté d’amertume…

Extrait:

« Le temps passait sans faire trop de bruit, je continuais de raconter à Laurence mes fausses séances chez le psy. C’était facile, je n’avais qu’à lui dire que je n’acceptais pas la mort de mon père et que le psy essayait de m’apprendre à lâcher prise. Le « lâcher prise », un autre thème à la mode dans les livres de psychologie. Et j’avais aussi des troubles «post-traumatiques». C’est pratique, les troubles post-traumatiques. Ils excusent tout ce qu’on fait de travers. »

Elizabeth Lord

Portrait de femme en feu, Claudia Goyette. Leméac, 2015.