J’ai commencé à m’intéresser à Portugal, the Man pour une raison vraiment niaiseuse. Au printemps dernier, je suis tombée sur le clip Atomic Man juste avant de partir… au Portugal. Et j’y ai vu là un signe, le destin me jasait par l’entremise de ce vers d’oreille particulièrement redoutable. D’aucuns diraient que j’aurais mieux fait d’écouter du Fado pour m’imprégner de la culture portugaise, parce qu’il y a définitivement rien de Portugais dans Portugal, the Man. Les gars originaires de Portland en Oregon font plutôt dans le rock psychédélique, fantasque, parfois près de la pop, rarement ennuyant. Leur 7e album Evil Friend a été lancé en juin dernier. Je me suis rendue au Théâtre Corona jeudi dernier pour voir ce que ça donnait sur scène, des faux Portugais. Et je n’étais pas la seule : le spectacle était sold-out.

How Sad – un été indien réussi

La première partie était assurée par How Sad, band anglo-montréalais qui fait dans la synth pop accrocheuse. Leur EP que j’avais écouté quelques jours auparavant m’a charmé, mais pas autant que de les voir sur scène. J’ai constaté plusieurs têtes qui se balançaient autour de moi, emportées par le son du synthétiseur et de la percussion électronique. Des effets de handclaps, de l’éclairage qui rappelle les popsicles fusées et des voix perchées qui chantent des « nananana », il m’en fallait pas plus pour me convaincre de l’efficacité du tube « Indian Summer » de How Sad (que vous pouvez écouter ici)

Portugal, the Man – un party fluo-rock-psychédélique

Entre les deux shows, on nous a servi des versions reggae des chansons des Beatles. Au départ, ça m’a laissé un peu perplexe. Je ne suis pas une grande fan de reggae, mais ça semblait distraire et amuser les gens de la foule. Ce qui est pire qu’une chanson des Beatles version reggae? Un dude qui la chante fort à deux pouces de mes oreilles. J’avais hâte de voir le groupe monter sur scène, ce qu’ils ont heureusement fait quelques minutes plus tard sur Unchained Melody des Righteous Brothers, rien de moins. Incongru… mais amusant!

Dès les premières notes de « Purple, Yellow, Red and Blue » et jusqu’à la toute fin, le groupe s’est montré généreux en enchaînant les chansons presque sans interruption. Les gars semblaient particulièrement heureux d’être à Montréal et de présenter ce spectacle, le premier de leur nouvelle tournée. Les fans ont eu droit à la plupart des chansons de leur plus récent album, mais aussi plusieurs tirées de In the Mountain In the Cloud, leur précédent (So American, Got it all, Floating…). J’ai particulièrement apprécié l’enchaînement entre « Sea of Air » et « Modern Jesus » et je n’ai pu me retenir de danser sur « Atomic Man » et l’excellente « Evil Friend » sur laquelle la guitare me rappelle légèrement The Hives, ce qui ne manque pas de me faire plaisir à chaque fois.

Vers la fin du spectacle, j’ai finalement compris. J’ai compris les Beatles à la saveur jamaïquaine du début. Tout au long du spectacle, il fallait prêter l’oreille, car on glissait par-ci, par-là quelques paroles des Fab Four. C’est devenu plus clair quand au rappel, le groupe nous a joué une version particulièrement éclatée de « Helter Skelter ». Portugal, the Man, c’est aussi ça : de la grosse guitare distortionnée, du keyboard qui rappelle l’orgue des années 1970, de la batterie qui s’emballe, des projections délirantes, multicolores. Pour calmer les ardeurs des spectateurs qui ont semblé apprécié ce moment de haute voltige musicale, Portugal, the Man a clos son party fluo-rock-psychédélique sur la magnifique « Sleep Forever » à laquelle ils ont greffé la finale de la toujours efficace « Hey Jude ».

Une bien belle soirée, donc. Et si vous aimez bien l’album Evil Friend, il faut écouter ou réécouter In the Mountain In the Cloud et revisionner le clip/court-métrage de « Sleep Forever » et de « Got it all » qui fut tourné entièrement à Wasilla, Alaska, ville d’origine du chanteur John Baldwin Gourley.

– Joakim Lemieux