Weyes Blood / Photo : Mona Lacasse

Samedi, la journée était belle et la programmation plutôt alléchante à POP Montréal. Les Méconnus en ont bien évidemment profité pour quelques spectacles en ce jour 4.

Paupière

Il est beau ou il l’est pas? / Photo : Olivier Dénommée

Une collègue avait vécu l’expérience des Studios Breakglass la veille. C’était à mon tour! Au menu, le trio Paupière proposait une performance de quatre chansons, juste après la sortie de son premier album complet, À jamais privé de réponses. Les trois artistes semblaient anormalement zen, particulièrement Pierre-Luc Bégin, qui affichait un petit sourire presque en permanence. Avant le début de la perfo, c’est le merveilleux – et très tranquille – chien Maddox qui volait la vedette dans le studio, se couchant entre les curieux venus assister au spectacle intime. Le spectacle en lui-même était correct dans le contexte, mais on espère énormément que le trio ne repose pas autant sur les playbacks en spectacle, ce qui minerait grandement l’expérience si tout ce qui est joué en vrai sont les voix, les percussions et quelques lignes très simples de synthés.

Une autre performance en studio aurait été très intéressante le même jour : celle des Barr Brothers. Mais, sans surprise, tous les RSVP se sont écoulés très rapidement. Faut dire que, même en studio, ça doit être une sacrée expérience avec ce groupe! (Olivier Dénommée)

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Avec pas d’casque + Jason Bajada

Samedi après-midi, le soleil plombe sur Montréal et sur nos têtes. On sirote lentement notre cocktail et on apprécie la vue juché sur le toit des studios d’Ubisoft. Perdu dans nos pensées et le décor, on est presque surpris lorsque Jason Bajada se fraye un chemin jusqu’à l’avant.

Jason Bajada / Photo : Mona Lacasse

Seul avec sa guitare, il entame sans autre artifice A Collision, premier morceau figurant sur son nouvel album Loveshit II (Blondie & The Backstabberz), puis Let’s Go to the Airport et Jojo. Loveshit II est un double album beau et douloureux. La présentation, toute dépouillée ici, ne permet que davantage en apprécier les textes. Puis vient Help Me Feel Nothing at All, seul morceau qu’il jouera sur la guitare de son papa. On ne peut être certain de la symbolique, mais on est quand même un peu ému là; en fait, n’eut été de la magnifique étoile solaire qui descendait doucement sur Montréal, on aurait peut-être eu un peu le cafard. « You guys are cool with the afternoon melancholy? » Tonnerre d’applaudissements : on est pas les seuls à apprécier les trucs tristes à fendre l’âme, semble-t-il. Bajada précise que c’est la 2e fois qu’il partage l’affiche avec Avec pas d’casque dans le cadre de POP Montréal – la première fois, c’était pour la 2e édition du festival (d’ailleurs, bon Sweet 16 à POP). Il souhaite nous rassurer que les gars apporteront eux de la musique de soirs d’été, plus joyeuse… humm, peut-être en comparaison! D’ici là, il nous offre quand même la très poppy et lumineuse Blondie, avec une succulente anecdote concernant un impromptu voyage en ambulance et cette chanson qui joue dans l’habitacle du véhicule, « un peu comme dans un film de Wes Anderson ».

« If you want a lover, I’ll do anything you ask me. » c’est ainsi, en reprenant les paroles de feu Leonard Cohen, que Stéphane Lafleur et cie entament la deuxième partie du spectacle, et déjà on est suspendu à ses lèvres. Puis suit Autour, puis Derviches tourneurs, Apprivoiser les avions, Le soleil se cherche du stationnement dans l’horizon, Il fait noir de bonne heure, La peur de perdre, La pire journée au monde, Talent, Dommage que tu sois pris, j’embrasse mieux que je parle, Loup-garou, Les gloires du matin, Intuition #1, puis enfin Nos corps (en ré bémol). Ouf. Le catalogue d’Avec pas d’casque est riche, mais on en veut toujours un peu plus. Tout le monde a un peu le goût de chanter, mais se retient (faudrait pas gâcher le moment en s’improvisant pseudo-chansonnier autour du feu de camp, sans feu, ni guimauve). Les corps, par contre, ondulent et se balancent. Encerclée de tout ce monde, pris dans son coin, la troupe, devant acclamations et sourires francs, en tire ses conclusions : « On va prendre ça pour un rappel. Si c’était juste pour vous dégourdir, vous êtes libres de partir aussi. » On va pas partir, non. (Mona Lacasse)

Avec pas d’casque / Photo : Mona Lacasse

Public Service Broadcasting

Public Service Broadcasting

Toujours est-il qu’il a tout de même fallu partir à un moment. On a fait un petit arrêt pour voir les gars de Public Service Broadcasting. Le groupe utilise une tonne d’archives dans ses pièces, des vieilles publicités à la propagande en passant par des audios de nouvelles. Sur scène, un écran est fixé pour y projeter les images qui donnent force à l’audio. C’est un peu comme si on se retrouvait dans le futur et qu’on essayait de comprendre et retracer de grands pans de l’histoire, à partir de ces quelques indices. Le style vestimentaire des trois Britanniques s’apparente d’ailleurs davantage au chercheur universitaire qu’à la rock star. Les compositions sont surprenantes et enrichissantes. On a un faible pour les pièces et les archives de la course vers l’espace. (Mona Lacasse)

Weyes Blood + ggpeach + year of glad

year of glad (à ne pas confondre avec le band punk rock Year of Glad) est une formation dénuée de low end. Constitué de deux guitares (une acoustique, une électrique), d’un violoncelle, d’un violon, d’un drum et d’un saxophone ténor, en plus d’avoir un chanteur qui préfère sa voix en falsetto, le groupe propose un rock planant flirtant avec l’expérimental. Les fans de Godspeed You! Black Emperor pourraient y trouver un filon intéressant comme year of glad partage le même sens de la solennité. Sorte de musique de la fatalité, le set sombrait parfois dans la lourdeur, malgré une volonté palpable de créer un art authentique et unique. La transe épileptique du chanteur baignant dans le reverb avait un petit quelque chose de Vollebekk, sans toutefois en partager la maîtrise de la voix. En leur donnant encore quelques années pour se raffiner, il est permis de croire que year of glad pourrait devenir un incontournable du genre (surtout s’il se dote d’une contrebasse).

Parenthèse pour toi, douchebag à calotte : il faut saluer le professionnalisme des trois formations qui se sont produites à la Sala Rossa, malgré un public parfois sur la limite du respectueux. Ça me fascinera toujours, les gens qui choisissent de faire leur social lors de spectacles, alors qu’il y a tant de bars chouettes à Montréal où les conversations ne dérangeront personne. Parce que oui, les gens sur scène vous voient et vous entendent. Ce qui m’amène à toi, douche à calotte et moustache de pédo. Toi, qui mesurais une bonne tête voire deux de plus que tout le monde et qui tenais à être en avant, même si tu t’en battais les couilles de ce qui se passait sur scène. Toi qui ne pouvais attendre la fin des sets pour cruiser la fille à côté, celle qui te trouvait ben funné lorsque tu imitais les falsettos du chanteur de year of glad. Toi qui gueulais comme un malade pour te faire entendre et qui, lorsqu’on te l’a reproché, as émis un honorable : « je parle pas fort, c’est parce qu’y a beaucoup de breaks d’in tounes que tu m’entends. » Je suis une jeune fille polie, alors je ne t’enverrai pas le fuck you que j’ai dans la gorge, mais je voudrais fortement t’encourager à ne plus sortir de chez toi à l’avenir… ou alors, toi qui aimes l’attention, à former ton propre band. Il me fera plaisir de me déplacer pour venir t’imiter en riant.

On est sorti de l’introspection gothique quand ggpeach est entré en scène. Le band nous offrait une pop gentille, scintillante, vaguement jazz. En soi, il n’y a rien de négatif à dire sur ces artistes. La pop qu’ils produisent est correct, mais ne recèle aucune des surprises qu’un groupe comme Tennis peut servir dans le même genre musical. Il faut quand même dire que les musiciens étaient investis dans ce qu’ils faisaient, ce qui les rendait très attachants.

Weyes Blood / Photo : Mona Lacasse

Weyes Blood, alias Nathalie Mering, est entrée comme une reine sur scène, en interprétant Can’t Go Home, seule, avec une piste préprogrammée. La scène rouge, décorée de chandeliers sur pied, se prêtait bien à l’énergie de la chanteuse (et à l’univers de David Lynch). L’ambiance était au rendez-vous pour recevoir son folk gothique aux teintes de Jefferson Airplane. Pour le reste de sa prestation, Nathalie Mering s’est accompagnée d’un « slide-guitariste », un drummer et un bassiste qui savaient exactement comment rehausser les arrangements sans amoindrir leur efficacité minimaliste. L’artiste s’est surtout concentrée sur les chansons de son dernier album Front Row Seat To Earth avec un écart par The Innocents avec la chanson Hang On, un petit facelift à la chanson d’Harrison, Run of the Mill, et un retour à ses débuts avec In the Beginning. Un (peut-être trop) court spectacle qui hypnotise avec sa sensibilité tragique. (Rose Normandin)

Les Louanges + Les Passagers + Florda Well + Dave Chose

Tiens, découvrons un nouveau lieu, peu judicieusement appelé Le Ministère (bonne chance pour trouver ça sur Google Maps avec tous les vrais bureaux de ministères à Montréal), sur Saint-Laurent plus ou moins à mi-chemin entre le Divan Orange et la Casa del Popolo.

Le premier à se faire entendre est Dave Chose, en solo. Découvert par plusieurs (j’en suis) lors des dernières Francouvertes, l’artiste s’est montré timide sur scène. Pourtant, ce n’est pas comme s’il avait une énorme foule devant lui : on pouvait compter une quinzaine de personnes dans la salle, y compris le personnel qui y travaillait. Au moins, lorsqu’il chantait, il paraissait parfaitement en contrôle, même si ses sujets étaient loin de transpirer la joie de vivre. Son humour n’a pas semblé faire l’unanimité, mais Dave Chose a fait preuve d’humilité et d’autodérision à plusieurs reprises. Dommage qu’il n’ait jamais réussi à jouer la reprise Hard on You de Daniel Romano, n’arrivant pas à se souvenir des paroles au moment fatidique, comme le reste de son set était plutôt réussi dans les circonstances.

Dave Chose / Photo : Olivier Dénommée

Florda Well / Photo : Olivier Dénommée

Un public anglophone semble être arrivé en bloc pour le seul groupe anglo de la soirée. Les Montréalais de Florda Well proposent une musique « synth psych », selon leur page Facebook (qui a bien besoin de love avec seulement 28 likes incluant le mien) qui ne manque franchement pas de groove. Le quintette donnait vraiment envie de taper du pied et nous rappelait quelque peu l’énergie que peut avoir Arcade Fire. Et il paraît qu’un premier album est en route pour très bien : nous aurons certainement l’occasion d’en entendre parler de nouveau dans un avenir rapproché! Le seul défaut du set? L’éclairage bleu dégueu, qui est resté pour la totalité de la performance. Quelqu’un pourrait croire que Flora Well était un band de schtroumpfs, et on ne pourrait même pas le blâmer.

Petit stress au début du set de Les Passagers, en formule trio : l’éclairage n’avait toujours pas changé! Ce n’est qu’une dizaine de minutes plus tard qu’un tech ait trouvé judicieux de changer quelque peu l’ambiance, optant cette fois pour le rose. Mais musicalement, c’était tellement solide qu’on en oubliait la couleur ambiante! Le groupe, normalement un quintette, s’était déplacé en format réduit pour l’occasion, et le résultat était plus que convaincant : la chanteuse-claviériste était charismatique, le bassiste imposait avec succès son groove, et le batteur faisait sauter la baraque avec son énergique rock, contrastant avec les éléments plus pop et jazz. La seule chose qui volait la vedette, c’était les filles qui dansaient de façon bizarre à l’avant. L’une d’elle avait clairement suivi le mouvement Tecktonik pendant les 2 semaines où ça a semi été à la mode. La gang de filles est partie vers 12 h 15, probablement pour se donner la chance d’arriver à un métro avant qu’il soit trop tard, laissant de nouveau Le Ministère presque vide. Une bien triste fin de set pour Les Passagers, qui livrait pourtant largement la marchandise.

Les Passagers / Photo : Olivier Dénommée

Les Louanges / Photo : Olivier Dénommée

Reste Vincent Roberge, ou Les Louanges. Prévu à 12 h 30, il pouvait compter sur ses dix doigts son public. Ouch, ça fait mal quand on pense qu’il avait joué devant un Club Soda plein quelques mois auparavant à la finale des Francouvertes! Il a proposé, avec le ton moqueur qu’on lui connaît, un spectacle solo très intime, pendant qu’il était filmé par deux ou trois caméramans de SiriusXM. Même eux sont partis après 10 minutes, alors que Roberge jouait des versions pas mal plus lentes, presque déprimantes, des chansons tirées de son EP Le mercure. Ça m’a pris la moitié de la chanson pour reconnaître La Bombe Atomichaëlle, normalement tellement entraînante! Après 20 minutes, il a proposé à son public d’en finir là, et personne n’a osé s’y opposer. Mine de rien, il était presque 1 h du matin, et il fallait être assez en forme pour une autre soirée de spectacles. Au dodo et à demain, donc! (Olivier Dénommée)

– Olivier DénomméeMona Lacasse et Rose Normandin

Le 16e festival POP Montréal, qui a eu lieu  du 13 au 17 septembre, à Montréal.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

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