L’occupation

L’église et son clocher. Le parvis et l’escalier. L’immense porte et son entrée. L’accueil et les sourires. L’homme et son chapeau rouge. La chaise pour m’asseoir. Les gens qui sont assis au sol. Des jeunes et des moins jeunes. Surtout des jeunes. Des foulards rouges, des chandails rouges. Des vestons rouges, des pantalons rouges. Des palettes de bois qui forment deux enclos : une pour les chèvres et l’autre pour les canards. Et pour les convives, il y a de quoi survivre : tisane et pain, miel et surprises ! Un choix d’offrandes au prix moyen, signé bio, c’est divin. Pas cher la dîme quand on y pense…

Sans bancs ni autels, sans calices ni ciboires, où sont passés tous les blasphèmes dans cette église désacralisée? Au cœur du vide, une chose est sûre, on entend les mille et un sons de Jean-Jacques Lemêtre qui joue de l’orgue, seul au balcon. Puis les casseroles participent. Mariage parfait des temps modernes ou cacophonie du temps présent ? Peu importe, la scène est prête et le public aussi : place au théâtre révolutionnaire !

Vêtue de noir et de gants rouges, d’un visage blanc et de chaussures rouges, celle qui a déclaré « Je suis une révolution » et qui occupe l’église Sainte-Brigide-de-Kildare pour un mois, apparaît enfin. Elle nous parle de la ferveur du printemps dernier et nous invite à nous lever et à marcher vers l’avant pour traverser les épreuves, le désert et les montagnes jusqu’à rejoindre la terre promise. Mais avant, elle nous annonce que cette église sera détruite. Au mois de janvier. L’orgue aussi. Tuyau par tuyau, vendu à un particulier, en Ontario. « C’est notre dernière chance de l’entendre », souligne-t-elle. Puis nous avançons avec cette pensée de la mémoire patrimoniale sur la musique éloquente de l’orgue et des casseroles. De pas en pas, la musique devient de plus en plus forte et de plus en plus frissonnante. À l’avant, je vois Pol Pelletier qui avance lentement le dos courbé, comme si elle tirait sur son troupeau de…missionnaires !

À l’arrivée de la traversée, la femme de théâtre s’installe avec pour seul décor, la décrépitude de l’église (devant un mur de brique et de plâtre) et la beauté de la rosace illuminée au-dessus de sa tête. Elle prend soin d’attendre que tout le monde s’installe autour et près d’elle afin de bien l’entendre, car elle n’a pas de micro. Et elle pense à voix haute : « Toute ma vie, je me suis demandé à quoi sert l’art ? Pensez-vous qu’il restera encore des artistes ? » Et dans le silence de l’église, elle enfile soigneusement des gants blancs, signe de l’incarnation de son rôle dans le récit La Robe blanche.

Sous La Robe blanche

C’est le dimanche, jour du Seigneur, que le curé Labbé offre de faire un tour de voiture à la petite Nicole. Il prend soin de lui montrer la beauté des paysages et de lui faire découvrir des jeux…qui la rendront malade jusqu’à l’âge adulte. « Pourquoi suis-je aussi malade? Comment vivre normalement? Je veux mourir. »

C’est à l’instant où la petite fille dénonce les faits à sa mère, qui nie tout, que la petite robe blanche entre en scène. À partir de cette révélation, la petite fille plonge dans un monde de silence et de solitude où elle réussit, malgré tout, à trouver la parole par le théâtre qui guérit: « Je brise mon silence !». La suite du récit est le début d’un long cri où elle dénonce et critique la domination de l’église catholique d’autrefois à l’église d’aujourd’hui, qu’elle associe au monde du divertissement et de la consommation. Sans oublier son indignation face au recul du mouvement féministe. « Je vous rends votre honte, elle ne m’appartient pas », se libère-t-elle à la toute fin.

Cette histoire de la petite fille qui révèle l’immensité d’un secret trop longtemps refoulé est troublante et marquante. Tellement que deux femmes sont sorties, l’air trop ému. Tout comme le spectacle Océan, qui m’avait profondément bouleversée, La Robe blanche touche à cette parcelle de vérité qui nous habite et veut se dire, quelle soit personnelle ou collective.

À la sortie, j’ai demandé à deux jeunes étudiantes du Cégep, Caroline et Lisa, leurs impressions sur la soirée. Les deux femmes se questionnaient sur la marche au début : « Nous n’étions pas là pour jouer, mais pour voir du théâtre ! » pour finalement être conquises : « Pol Pelletier a capté notre attention du début à la fin de sa pièce. Elle a très bien incarné à la fois la petite fille et le curé. Il y avait beaucoup d’émotions, elle est très intense ! ». « Même mon chien Théo a jappé à la fin en signe d’appréciation! », d’ajouter Caroline, le sourire aux lèvres.

Manifestement, Pol Pelletier révèle, ressuscite, révolutionne et renaît au sommet de son occupation à l’église Sainte-Brigide-de-Kildare. Ne manquez surtout pas la chance de vivre cette expérience unique parmi les nombreux événements qui se poursuivent jusqu’au 10 décembre 2012.

*Il est à noter que des supplémentaires de La Robe blanche ont été ajoutées:

Le 25 novembre à 15 h ainsi que les 27, 28, 29 et 30 novembre à 20 h!

*Pol Pelletier ne remercie aucune institution financière ou culturelle. Cet événement est totalement indépendant. « Nous acceptons les dons, les prêts, et toutes les formes de généreuses ardeurs. »

Calendrier des événements:« Venez vous installer avec vos chaises et vos casseroles! » -Pol Pelletier.

Les présences de décembre

Une série de spectacles autour des grandes disparues de la Polytechnique ainsi que les auteures Hélène Pedneault et Louky Bersianik. Les 1er, 2, 3, 5 et 6 décembre à 20 h.

Hélène et Louky 

Montage dramatique, à travers les écrits des deux femmes, avec la néo-clown Pol Pelletier et Catherine Dajczman. Le 1er et le 3 décembre (dates de leurs décès) à 20 h.

Le féminin et la révolution

Un entretien avec le penseur Jean-Jacques Dubois. Le 2 décembre à 20 h.

Prélude au 6 décembre

Pol Pelletier révèle ses théories sur la Présence et fait apparaître l’invisible (*soirée nécessaire pour comprendre le spectacle du 6 décembre). Le 5 décembre à 20 h.

14 femmes rapatriées

Avec la participation du public (*pour ceux et celles qui ont assisté au spectacle du 5 décembre ou qui ont suivi un atelier), Pol Pelletier mettra à l’épreuve ses théories et méthodes de travail en dirigeant 14 femmes. Le 6 décembre à 20 h.

Les entraînements de l’École sauvage

Programme intensif de méditation dynamique pendant 21 jours ! Tous les matins du 16 novembre au 6 décembre, de 7 h 15 à 8 h 30 (* réservé à celles et ceux qui ont suivi un atelier d’initiation avec Pol Pelletier).

Pour de plus amples informations sur la série d’événements  Pol Pelletier occupe une église:

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– Anik Benoit