Pluton est un nom étrange pour un spectacle de danse. La planète la plus éloignée du système solaire évoque le froid, la noirceur, la dernière station avant le néant. Ce point dans l’univers ne se rapporte aucunement au mouvement et au corps du danseur. Pourtant, les quatre opus chorégraphiques saisissent ce cycle qui prend 248 ans pour se compléter. Les chorégraphies s’en trouvent alors étirées d’une façon singulière. Danse-Cité présente Pluton de la plate-forme de création La 2e porte à gauche dirigée par Katya Montaignac interprété par Michèle Febvre, Louise Bédard, Ginette Laurin, Daniel Soulières et Linda Rabin, du 16 au 19 septembre à l’Agora de la danse.

Pluton est l’aboutissement d’une démarche commencée en 2012. Katya Montaignac a réuni six danseurs seniors et cinq chorégraphes de la relève avec l’objectif de créer un laboratoire intergénérationnel. Ce décalage relit les thèmes de l’autobiographie, de l’ambiguïté, du viscéral et de la sensualité tout au long du spectacle. On a même l’impression que ce décalage est reporté entre les interprètes et l’espace scénique. La musique du compositeur Tomas Furey et l’éclairage de Frédérick Gravel créent une ambiance qui semble autonome, ce qui ajoute à l’effet d’étrangeté.

Dans le premier opus, le travail autour du thème de l’autobiographie du chorégraphe Nicolas Cantin avec Michèle Febvre affirme autant que nie la présence de l’interprète sur scène. Par des mouvements lents à peine perceptibles, l’interprète revient constamment sur les mêmes souvenirs en nous les transmettant par un microphone. Le temps passe et on a l’impression que rien ne se passe, de sorte que le temps écoulé devient espace.

On nous plonge dans l’obscurité. La chorégraphe Catherine Gaudet a opté pour une troublante ambiguïté pour le second opus. Louise Bédard apparaît comme une créature captive de sa propre physionomie. Elle avance vers nous, tendue, avec les nerfs à vif. Crispée, elle est raide comme une barre. Après s’être entretenue avec l’assistance, elle retourne d’où elle vient et disparaît dans l’abîme.

Dans une salle illuminée d’un éclairage conventionnel, où on voit les fenêtres, le duo Daniel Soulières et Ginette Laurin prend place dans toute sa simplicité. Cette ambiance conforme installe un contraste avec le thème du viscéral choisi par la chorégraphe Virginie Brunelle. Il s’agit d’un échange entre le masculin et le féminin qui se terminera avec un mouvement rotatif, voir gravitationnel.

Jean-Sébastien Lourdais a développé le thème de la sensualité avec Linda Rabin pour le quatrième opus. Après une chorégraphie de cosmonaute en apesanteur, elle mise sur la subtilité, où son corps en tant que matière mouvante répond à la lumière et aux sons.

Au milieu de sa chorégraphie, Linda Rabin quitte la salle – laissant son public devant l’espace scénique vidé de l’interprète. Sans elle, il reste le lieu, l’éclairage et la musique. Trois éléments qui constituent un espace.

Bref, le fantasme de présenter des danseurs seniors en train de se mesurer aux écritures chorégraphiques actuelles donne lieu à une métamorphose qui rappelle l’au-delà de la science-fiction. À expérimenter…

– René-Maxime Parent

Pluton, à l’Agora de la danse du 16 au 19 septembre