Crédit photo : AZ Films

Ceux qui suivent la carrière de Mélanie Laurent savent qu’il s’agit d’une artiste dans le vaste sens du terme et que sa volonté de création s’étend vers plusieurs sphères, que ce soit le jeu, l’écriture, la musique ou la réalisation. Derrière la caméra, elle avait fait bonne figure avec Respire (2014) qui s’intéressait à l’intensité de l’adolescence, et avait marqué fort avec le documentaire Demain, coréalisé avec Cyril Dion. Cette fois, elle propose une adaptation du roman primé de Christophe Ono-dit-Biot, une réflexion autour des compromis que forcent le couple et la maternité sur la création.

D’abord, la prémisse est assez simple. César (Gilles Lellouche), un homme marqué par la vie – journaliste fait prisonnier en Irak et maintenant recyclé en critique d’art – rencontre une jeune photographe Paz, née Dolores (Maria Valverde), et tous deux tombent passionnément amoureux. On assiste à leurs débuts fougueux en Espagne, ensuite à leur emménagement en France, puis au lent effritement de leur symbiose. Incapable de trouver la paix dans sa maternité, elle quitte le nid pour se retrouver. S’ensuivra la quête de l’amoureux blessé pour comprendre ce qui s’est brisé au sein de son amoureuse.

Si le sujet est intéressant, il reste que Mélanie Laurent (qui signe également le scénario) n’a pas su échapper aux clichés. D’abord, sa photographe embrasse tous les lieux communs de l’archétype féminin parfait. Elle crée comme elle danse, en embrassant son feu intérieur, n’écoutant que sa spontanéité (il y a dans Plonger la fameuse scène retrouvée dans tant d’autres film où Paz, revêtant une petite robe d’été portée sans soutien-gorge, se lève spontanément dans un bar pour danser seule sur sa chanson préférée sous le regard lubrique de l’amoureux transi, comme si la liberté féminine ne pouvait se vivre autrement). Paz est animée de questionnements profonds, mais malheureusement est confinée aux idéaux créés par le désir masculin, rendant invisibles les mécanismes de son introspection. Même s’il s’agit d’un personnage créé par un homme, il est dommage que la réalisatrice n’ait pas su lui donner plus de chair.

Cette façon bien superficielle de nous exposer ces personnages ne permet pas aux spectateurs de croire en la dégradation du sentiment d’entièreté de la protagoniste, ni à l’aveuglement de son partenaire. Ainsi, lorsqu’elle crie « j’étouffe » et que celui-ci ne sait que répondre, on se demande s’ils n’ont jamais vraiment été amoureux. De la même façon, les dialogues se sentent obligés de tout exposer, ce qui contraste fortement avec le traitement intimiste de l’œuvre qui aurait pourtant su nourrir les silences. Dotée d’un imaginaire visuel très fort, Laurent n’arrive pas, là non plus, à se défaire de la facilité suscitant, même si les images sont très belles, des métaphores assez cucul. Et puis le troisième acte du film semble se détacher du lot et aurait pu en être un long métrage à lui seul. Un nouveau ton, un nouveau décor, le point de vue épouse celui de César et nous catapulte dans son intériorité. C’est à se demander si l’adaptation n’aurait pas mieux fonctionné en triptyque.

Le générique nous laisse une impression d’un film qui s’éparpille tout en étant amoureux de lui-même. Devant le talent de la réalisatrice, on ne peut que se désoler de la voir passer à côté de l’occasion de creuser en profondeur des thèmes riches comme la dichotomie qu’il y a entre la volonté de création et les sacrifices que nécessitent la vie de couple et plus drastiquement, la maternité. Il y aurait eu, avec ce sujet, matière à faire un film beaucoup moins prétentieux.

Rose Normandin

Plonger de Mélanie Laurent est en salle depuis le 6 juillet 2018.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :