Il arrive des périodes, dans le parcours d’un cinéphile, où tous les métrages visionnés semblent être incapables de remplir leurs promesses.  Le spectateur va de film en film, collectionnant les déceptions, tantôt devant une forme convenue, tantôt devant un scénario cliché. Les quelques nouveautés françaises présentées dans les dernières semaines constituent, ensemble, ce genre de corpus, où la meilleure d’entre elles peine à s’élever au-dessus du statut de gentil divertissement.

L’École Buissonnière de Nicolas Vanier

Avec L’École Buissonnière, Nicolas Vanier propose une nouvelle fois une ode à la nature et à la vie champêtre. Évocateur des romans sur l’enfance de Marcel Pagnol, le film raconte l’adoption d’un orphelin (un adorable Jean Scandel) par un couple de villageois résidant au domaine d’un riche comte (François Berléand). Le petit Paul se liera d’amitié avec le braconnier du coin (François Cluzet), homme bourru, mais au cœur tendre, et apprendra les rudiments de la vie à la campagne.

Le film est bien fait. La photo, assurée par Éric Guichard, ainsi que la direction artistique sont à couper le souffle. Le jeu des acteurs est efficace et on croit aisément en ce village rural aux personnages colorés et attachants (mention spéciale à Valérie Karsenti, délicieuse libertine au grand cœur). Malheureusement, aucune mise en scène ne peut sauver un scénario médiocre, et ici, les fils de l’histoire sont si gros que l’on voit aisément venir d’avance. Et puis, tout est pollué par une surabondance de bons sentiments.  La musique prend grand soin de dicter les émotions que devrait ressentir le spectateur. Cependant, malgré tout ce sirop, il faut croire que l’œuvre est sincère et que sa candeur est contagieuse… On finit par se laisser émouvoir par cette fable écologique qui vise d’abord à communiquer son amour de la nature et de la joie de vivre. L’école Buissonnière, s’il est un film ordinaire, touche son public grâce à la positivité de son message.

En salle depuis le 22 juin 2018.

Rodin de Jacques Doillon

Voilà un film qui se cherche.

Jacques Doillon nous revient avec un opus sur le célèbre sculpteur qui oscille entre le portrait de l’artiste, la chronique de son amour pour Camille Claudel et l’essai sur l’art. La mise en scène, bien que propre et travaillée, se met souvent au travers de l’histoire qu’elle raconte. Prenons, par exemple, les transitions placées entre les séquences et qui consistent à plaquer des dessins de Rodin à la suite d’un fondu au noir, brisant le rythme du montage et l’immersion du spectateur.  Ou encore ce superbe plan séquence au début du film où Rodin va chercher Claudel pour qu’ils échangent sur ce qu’il est en train de créer.  Certes, ce moment est agréable à regarder parce qu’il traduit bien la vie qui s’anime dans l’atelier, mais il observe une telle théâtralité qu’il est impossible de voir autre chose que les acteurs travailler (Vincent Lindon et Izïa Higelin). Acteurs qui font pourtant plus que leur juste part, mais qui sont sans cesse trahis par un texte aux antipodes du naturel, offrant des dialogues forcés et souvent didactiques. Ils incarnent les artistes figés dans cette idée unidimensionnelle que le cinéaste se fait d’eux.

Encore une fois, ce qui rend le film tolérable est le travail fait autour de l’image, de l’éclairage et de la direction artistique, mais malheureusement ce n’est pas assez pour le sauver.  Le film finit par donner cette impression de ramassis de vignettes aléatoires où Rodin travaille sur sa porte, sur son buste de Victor Hugo, sur celui de Balzac, tout en se consumant pour Camille et en tirant profit de son talent.

On sent que Doillon a de l’admiration pour le travail et la démarche artistique de Rodin, mais son long métrage est fait sans passion. Le film laisse davantage l’impression que le cinéaste est amoureux de son propre intellect et des quelques idées que le sculpteur lui inspire…

En salle depuis le 22 juin.

Le retour du héros de Laurent Tirard

Jane Austen rencontre Edmond Rostand pour offrir un Cyrano de Bergerac nouveau genre. Nouveau, il faut le dire vite, car cette comédie de quiproquo ne réinvente pas la roue, mais est tissée bien joliment et filmée de façon efficace. Le Capitaine Neuville (Jean Dujardin) nouvellement fiancé, doit quitter brusquement pour l’Autriche.  Alors qu’il ne donne pas de nouvelle à sa promise et que celle-ci dépérit dangereusement, sa sœur Élisabeth (Mélanie Laurent) décide d’entretenir à sa place une correspondance romanesque. Les choses se corsent lorsqu’il réapparaît, trois ans plus tard.

Laurent Tirard sait manier de la comédie et on retrouve dans ce film tout ce que le genre offre de mieux ; l’esprit, l’irrévérence, les références intertextuelles. Les acteurs sont bien dirigés et savent rebondir sur la moindre blague. Ce feu roulant de gags en inclut quelques faciles, mais le tout est offert avec une telle bonhomie qu’on ne peut vraiment lui en tenir rigueur. Ceux qui ont un faible pour le jeu pantomime de Dujardin seront servis.

Le film propose une jolie réflexion sans prétention sur la manipulation de l’opinion publique, sur le processus de création et sur la bataille des sexes.  Le retour du héros n’est pas un film qui marquera l’histoire du cinéma, mais il s’agit d’un divertissement estival de qualité qui ravira et l’œil et l’esprit.

En salle depuis le 6 juillet.

– Rose Normandin

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