Un jeune homme, du haut de l’arrogance de ses 23 ans, âge où tant de gens croient comprendre le monde et la vie d’une façon dont peu ont réussi avant eux, aspire à utiliser sa caméra pour faire le prochain documentaire choc de sa génération. Visant l’étude sociologique de ses pairs et créant de façon maladroite une rumeur visant à le définir comme pervers (lire ici pédophile), Gethin s’enlise ainsi dans la paranoïa des autres, qui sont toujours bien enclin à croire sur une base de preuves anodines… Cependant, anodines sont-elles vraiment ?

Pervers, une production du Théâtre la Manufacture présentée dans la grande salle de la Licorne, se veut une exploration sur le thème de l’intimidation, des réseaux sociaux, des rumeurs qui vont vite, des nuances de la culpabilité et de l’innocence. Voilà d’ailleurs le principal problème de cette pièce ; le manque de nuances et de subtilité, autant dans les personnages (qui sont des stéréotypes agaçants) et dans le texte, qui souffre de vouloir aborder absolument toutes les ramifications du thème dans ses sous-histoires, rendant le tout fort peu plausible.

Tout est loin d’être mauvais ; l’exploration de la facilité qu’on a à juger quelqu’un sans preuve, surtout lors des offenses de type sexuel, est intéressante et trop rarement vue au théâtre. L’utilisation du décor est bien pensée et certaines scènes nous portent à réfléchir sur nos propres actions lors d’une situation similaire (ce qui est, de loin, un des plus grands accomplissements théâtraux selon moi) et m’ont fait découvrir le talent de Frédéric Lemay, rafraichissant et juste dans son interprétation de Nick.

Le concept de Pervers était bon: dommage d’en sortir si peu secoué.

-Marie-Paul Ayotte

Pervers, à la Licorne jusqu’au 23 février.