Crédit photo : Caroline Laberge

Depuis mardi dernier est présentée à l’Espace Go la pièce Peepshow. Cette deuxième collaboration entre Marie Brassard et Monia Chokri a donné lieu à un spectacle étrange, difficilement abordable si on ne se laissait pas prendre au jeu. Pourtant, lorsque notre curiosité était piquée par cette suite de petits tableaux beaux et monstrueux à la fois, on découvrait un spectacle intriguant.

Si la pièce a initialement été créée en 2005 par Brassard qui en était aussi l’interprète, c’est aujourd’hui à Monia Chokri, une actrice qui n’a pas peur de se mouiller, de reprendre ce solo. Et brillement, il faut le dire. Sous la forme du conte – et pas n’importe lequel : celui à la limite tordu du petit chaperon rouge – on entre dans l’univers de Beautiful, de l’enfance à l’âge adulte. Le désir étant le noyau de la pièce, le personnage suit un chemin parsemé de rencontres. Ces gens, leurs pulsions et leur solitude travestie la fascinent, la dévoilent à elle-même. Le spectateur devient un peu voyeur dans ce plongeon dans l’intime révoltant. Sans qu’on sache trop qui cela révolte et pourquoi.

L’interprétation de Monia Chokri a été impressionnante. Les nombreuses identités qu’elle a incarnées laissaient leurs marques dans l’espace tant ce qu’elle dégageait était convaincant. Tout était dans le jeu physique et vocal. Sous un éclairage suggestif, dans un accoutrement de poupée qui ne dévoile pas grand chose, l’actrice a donné voix à une enfant, un monstre et plusieurs autres.

La pièce se déroule à un rythme très lent. Les mouvements se posent presque au ralenti. Si le texte avait été porteur d’une poésie ciblée, cette lenteur n’aurait pas dérangé; or ce n’était pas le cas. C’est l’une des déceptions principales d’une pièce qui aurait être plus riche. Est-ce que le trop grand nombre de questionnements a favorisé l’éparpillement ? Sans doute. Les chemins sinueux que la réflexion emprunte font défaillir notre bonne foi. Peepshow vaut le détour pour la prestation de Monia Chokri et l’univers ô combien fascinant de Marie Brassard, même si on peine à y trouver l’équilibre.

Rose Carine H.

Peepshow est présenté à l’Espace Go jusqu’au 10 octobre.