Chez Les Méconnus, on aime innover. Aller voir ailleurs si on y est. Alors quand Nicolas Berzi, directeur général et artistique à Artiste Inconnu, nous a approché avec le concept Théâtre (In)filtré, on n’a pas pu résister.

En plein travail sur Peep Show, pièce qui sera présentée du 28 janvier au 7 février 2015 au Théâtre La Chapelle, Berzi nous a offert un accès privilégié à la salle de répétition. Une passe VIP dont n’importe quel journaliste culturel rêverait. Une caméra, un œil sur la création. Dans cette nouvelle pièce, Berzi se penche sur le phénomène du Peep Show, qui a depuis été remplacé par les cinémas érotiques, mais surtout par la pornographie à la maison.

Cette incursion dans le cœur du projet a donné lieu à deux capsules. Capsules promo? Non. Des vidéos qui permettent de suivre le processus créatif, de mieux comprendre comment ça se passe derrière les affiches léchées, les communiqués parfaitement dosés et les opérations de publicité calculées.

Et maintenant? Eh bien, la première approche. À quelques jours de cette grande soirée, Berzi nous a raconté son expérience.

 

Après coup, comment as-tu vécu ce projet?

J’ai eu beaucoup de plaisir! Mais ça a été beaucoup de travail, en plus de me concentrer sur la création du spectacle. Il fallait que je pense à apporter l’équipement en salle de répétition, que j’apprenne à faire du montage en autodidacte… Et c’est de s’adapter au travail sous l’œil d’une caméra aussi. J’avais parfois l’impression que j’étais obligé de vulgariser, de contextualiser. Mais ça a été très enrichissant pour mon propre travail: les enregistrements me permettent de m’entendre, de me voir en répétition. Ça donne lieu à un travail d’auto-réflexion très pertinent.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de laisser les caméras entrer dans la salle de répétition?

C’est une façon de créer un réseau de sens supplémentaire. Je pense que le théâtre a intérêt à se décloisonner. D’après moi, ça ne donne rien le mystère de la création. De toute façon, ça demeure toujours mystérieux pour le public… Normalement, personne ne fait de making-of avant la première. Mais pourquoi? Il y a des gens qui vont lire une pièce avant d’aller voir la voir au théâtre. Alors, je m’interroge: pourquoi ne pas regarder aussi les répétitions? Voir le processus créatif, comprendre où les artistes ont buté? Selon moi, ça enrichi l’expérience.

Quelles ont été les réactions de ton entourage par rapport à cette nouvelle manière de travailler?

Le but premier de cet exercice était d’explorer le rapport au média dans la représentation. Et je l’ai vraiment vécu! (Rires) Ma relationniste, même si elle aimait beaucoup le concept, m’a mis en garde contre le fait de tout dévoiler avant la première. Certains m’ont dit que des capsules plus courtes et plus punchées auraient pu avoir plus d’impact, mettre plus de mystère autour de la pièce…

La ligne devient donc mince entre exploration et promotion…

Exact! Je suis tombé dans une réflexion par rapport à ça… Comment donner accès au public à la réflexion créative, sans tomber dans la promotion? Je ne savais plus trop comment me positionner. Je voulais promouvoir le théâtre par le théâtre, sans aller vers le clip publicitaire, qui est selon moi un lichage cinématographique.

Une réflexion sur les rapports entre théâtre et médias s’est donc imposée?

Absolument. Le rythme des journalistes n’est pas adapté à celui des artistes. L’intérêt est toujours très concentré, condensé aux jours entourant les représentations. Le monde des médias répond à une logique marchande. Je me trouve donc souvent en fin de création, à faire de multiples entrevues dans un moment stressant, alors que j’avais plus de temps dans les dernières semaines. De mon côté, je crois qu’il faudrait ouvrir la réflexion. J’aime aller dans des directions réfractaires, qui me permettent de me sentir plus dynamique. Ne pas toujours tomber dans le calcul, le clip, la photo de casting léchée. Ça me fâche que le théâtre soit formaté pour répondre au côté promotionnel! Il faut plus de critiques, des journalistes plus impliqués. Et bien sûr, des artistes plus ouverts, plus articulés.

– Mélissa Pelletier

 

Peep Show sera présenté au Théatre La Chapelle du 28 janvier au 7 février 2015.