Nous avons tous nos maisons d’éditions chouchous desquelles nous attendons les nouveaux bébés avec impatience.  Dans les miennes, figurent les Éditions Mécanique Générale, spécialisées dans la bande dessinée (ou le roman graphique) qui viennent de faire paraître le très intrigant Pénis de table, par Cookie Kalkair. En attendant de voir tout qu’elles proposeront pour la saison 18-19, voici comment elles laissaient leur marque dans la précédente.

Le meilleur a été découvert loin d’ici de Mélodie Vachon Boucher

« Il y a plusieurs de ces amours sans écho enterrées en moi.  Autour de certaines d’entre elles, la terre est toujours fraîchement retournée parce que ce sont des endroits où je ne peux passer sans m’agenouiller, en larmes, et creuser la terre à mains nues.  Il y a des lieux en moi où je n’arrive toujours pas à déposer de fleurs.  Puis d’autres sur lesquels l’herbe recommence timidement à pousser. »

Réédition d’une œuvre auto-publiée par son auteure il y a quelques années, Le meilleur a été découvert loin d’ici réussit, tout comme l’avait fait Les trois carrés de chocolat, à émouvoir avec peu de mots.

Le livre se déroule sur deux plans ; la retraite de l’autrice dans une abbaye afin de reconnecter avec sa créativité ainsi que le retour introspectif qu’elle fait sur son voyage en Allemagne.  Il est question ici de spiritualité, de l’apprivoisement de la mort, du deuil, de l’équilibre et de la quête de sa vocation.

Œuvre contemplative, aux silences omniprésents, le lecteur se voit offert une espèce de tourisme émotif dans le cimetière des souvenirs de l’autrice qui, ayant refusé de faire face à ses douleurs pendant trop longtemps, penche dangereusement vers le burn out. Les dessins reproduisent cet étrange périple, nous offrant tantôt un trait qui vise la reproduction ultra-précise de détails, tantôt des esquisses effleurant un état d’âme ou une émotion. Ainsi, la lecture du livre fait office de période de recueillement, où chaque case ouvre une fenêtre sur notre propre cheminement existentiel.

La vie d’artiste de Catherine Ocelot

Si dans le livre de Mélodie Vachon Boucher, la création était un acte salvateur, l’essai de Catherine Ocelot s’intéresse quant à lui au processus créatif et ce qu’il peut apporter en réalisation, en joie, en douleur ou en contraintes sur la vie des artistes (d’où le titre, évidemment).

Alors qu’elle est en blocage artistique, l’autrice s’interroge sur ce qui vient avec sa vocation. Elle approche différents amis et collègues œuvrant en art, bénéficiant de différents niveaux de succès et de reconnaissance, pour mieux comprendre comment ils naviguent les choses qui la heurtent.  Elle s’attaque au mythe, s’intéresse au quotidien, sur le processus créatif.  Si le livre rappelle un peu le Ping Pong de Zviane, c’est davantage aux humains qu’à leur art auxquels elle veut donner voix, même si souvent, les deux sont indissociables.

Chaque chapitre est séparé en personnages, chacun d’entre eux nous livrant une parcelle de leur vie d’artiste. Le livre épouse ainsi un ton hybride entre le documentaire et l’essai poétique, capable de nous offrir des envolées libres dans l’univers de l’autrice en même temps que des échanges qui sont parfois un peu didactiques.  Les propositions visuelles varient constamment pour créer des univers fidèles à l’unicité des interlocuteurs. Ainsi, Catherine Ocelot laisse son style s’inspirer des entretiens, modifiant au passage son trait, la palette de couleur, le découpage technique.

Difficile de ne pas se laisser charmer par la voix originale de l’autrice.

– Rose Normandin

Le meilleur a été découvert loin d’ici, Mélodie Vachon Boucher, Mécanique Générale, 2017.

La vie d’artiste, Catherine Ocelot, Mécanique Générale, 2018.

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