L’ONF permet l’utilisation de ses archives aux cinéastes qui en font la demande. Luc Bourdon (La mémoire des anges) n’échappe pas à la tentation de se plonger dans un passé ultra-archivé pour construire de toutes pièces un film qui retrace les années de la Révolution tranquille jusqu’au premier référendum du Québec. Il a suffi de quelques décennies pour que le peuple québécois retourne dans sa propre amnésie. Retour nécessaire sur une époque de changements qui a marqué l’histoire.

La part du diable – (Bande-annonce : BIENTÔT À L’AFFICHE) from NFB/marketing on Vimeo.

Avec surprise, le film s’ouvre sur un couple autochtone qui célèbre son mariage. Bourdon procède dès le début à une restitution historique qui cadre bien avec les années 2010 et le contexte de la fabrication du film. À bien d’autres moments, d’ailleurs, on assiste à des séquences sur les questions de droits des « Indiens » ou encore aux balbutiements d’un bébé inuit dans la Grand Nord.

Encore au goût du jour dans un passé d’archives, ce sont les revendications de la femme, dont son affranchissement des tâches strictement ménagères, qui y sont abordées. On avance des changements sociaux (mariage de moins en moins populaire, désuétude des énergies nucléaires, désir de protection de la langue française) dans un enchaînement bien rythmé : jamais trop rapide et sans temps mort.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une question, cependant, plane tout le long de l’assemblage chronologique de ces archives. Il s’agit de la question de l’identité québécoise. À bien des moments, on entend (souvent hors-champ ou en voix-off) des commentaires déplaisants et cyniques sur l’incapacité du Québécois. Un anglophone d’Ottawa vivant dans la belle province, par exemple, explique que si le Québec venait à se séparer, il changerait de province avec plaisir et qu’enfin le Canada pourrait se développer dans une seule et unique langue sans la nuisance du français. D’autres moments forts ponctuent le film (allocutions de René Lévesque, de Michel Tremblay, de travailleurs revendiquant de meilleures conditions) dans un esprit commun de manifestation de nos désirs intellectuels et sociétaux de s’élever pour ce qu’on sait qu’on peut fournir et obtenir.

Pour les plus jeunes comme moi qui n’ont pas vécu cette époque, certaines références populaires facilitent la compréhension du récit. On aperçoit d’ailleurs de belles séquences de l’Expo 67 et des Olympiques de 76. Au-delà de tout le discours très politique, Bourdon intègre la province au complet dans son métrage. On passe par Montréal, Québec, Ste-Rose-du-Nord, Tadoussac, la Gaspésie, le Grand Nord. Il trouve même à inclure les Acadiens (superbe plan sur Zachary Richard qui chante sur la guerre dans tout un accent).

La part du diable est un film important et nécessaire, qui gagnerait même, selon moi, à être diffusé dans les écoles secondaires en cours d’histoire. Visionner ce film nécessite un effort de mémoire pour se recontextualiser dans la société d’aujourd’hui. À voir.

– Victor Bégin

La part du diable, de Luc Bourdon, 1h42, 2018,  présentement à l’affiche.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :