Parhélie est un mot qui renvoie à un phénomène optique où plus d’un soleil paraît briller au sein d’un même halo solaire. Ce n’est donc pas sans raison que Christiane Lahaie, auteure du roman Parhélie ou Les corps terrestres publié chez Lévesque éditeur, intitule son livre ainsi : trois voix – trois corps terrestres – se trouvent finalement à partager une ligne commune dans la gravité des choses. Elles sont mal dans leur peau ; tantôt l’auteure nous partage leur détresse, tantôt elle nous impose une mise à distance ironique face aux événements. Telle une parque, elle tisse habilement de chapitre en chapitre des liens entre ces personnages, elle rassemble, elle dévoile, ce qui semblait à priori relever du disparate.

Il y a d’abord une femme qui erre sur un toit sans vêtements. Elle ne se souvient ni de son nom ni de son passé, apparaissant dans la trame narrative comme un fantôme incapable d’habiter son présent, à côté de l’existence – l’emploi de l’italique dans le texte lui sied donc parfaitement. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’on est intervenu sur son corps en faisant d’elle un monstre. Tranquillement, on apprend son métier, joaillière, elle qui a « mis du temps à dessiner des cercles parfaits », et sa chirurgie plastique sous anesthésie qui lui a laissé un corps déchu, une vie en décalage. Elle revêt sa nouvelle apparence comme Icare porte ses ailes de cire, en menaçant chaque fois de chuter.

Amélie Sorrow est une adolescente qui a montré sa poitrine à un inconnu, un souhait de reconnaissance et de désirabilité qui a viré au cauchemar puisque ledit garçon a fait circuler une photographie sur Internet. Depuis ce temps, elle est en punition chez sa tante et doit tenir un journal qui, à la manière de ceux tenus historiquement par les jeunes filles, est réglé selon des normes, plutôt que des intérêts personnels. Elle doit écrire ses émotions selon un code de couleur, réfléchir à la pudeur, mais elle a perdu l’habitude d’écrire à la main et remet en question cette pratique : cher journal, « c’est comme ça qu’on m’a dit de m’adresser à toi, mais je me demande pourquoi tu devrais m’être cher. Tu ne réponds même pas à mes questions ». Parfois, en catimini, elle copie le mot révolte.

Quant à Abele Seraphini, il s’agit d’un postier à la retraite qui, d’ailleurs, n’a même pas de véhicule pour se déplacer. Il accepte de reprendre du service pour un colis spécial, mais son destinataire, Angel Stone, reste introuvable. Malgré la futilité de sa tâche, il se voit condamné à rouler la même pierre à l’image de Sisyphe. Il rencontre des phénomènes sur sa route; un ingénieur géologue, une séduisante hôtesse, un statisticien, et on comprend qu’il entretient, lui aussi, un rapport ambivalent avec son corps lorsque son secret est divulgué. Quel filon partage donc ces trois personnages aux vies distinctes? Vous ne pensez quand même pas que je vais vous révéler ce qui, de ce roman, captive notre attention jusqu’à la fin avec une finesse sans égale.

Vanessa Courville

Parhélie ou Les corps terrestres, Christiane Lahaie, Lévesque éditeur, 2016.