C’est par un mardi après-midi assez gris, vers 15 h, après l’un de mes cours, que je me suis dirigée vers La Musardine. Cette maison d’édition, qui est aussi une librairie qui a pignon sur rue dans le 11e arrondissement de Paris, se spécialise dans la littérature érotique. J’ai pu y rencontrer une des éditrices ainsi que le responsable de la librairie.

Le local est minuscule et complètement empli de livres de différents formats. Au premier coup d’œil, on remarque des nouveautés littéraires parues dans des maisons d’édition traditionnelles – le dernier roman de Christine Angot est bien à la vue. Au fur et à mesure que l’on pénètre au cœur de la pièce, les couvertures prennent différentes formes. Nous sommes loin du mur de la collection Folio de chez Gallimard. Tout est classé par collection, genre, fantasme, fétiche, etc. La clientèle paraît pour le moins habituée; la responsable de l’édition conseille même à un client d’aller feuilleter un des livres chez lui et de revenir s’il n’est pas satisfait de sa lecture…

Établie depuis près de 15 ans, La Musardine s’est taillé une place importante dans le milieu de la littérature érotique grâce à sa librairie et ses propres publications, mais aussi grâce à son site internet qui permet aux friands du genre de télécharger en ligne plusieurs romans. L’idée que je vienne visiter leur librairie pour un blogue montréalais d’art émergent amusait bien les responsables de La Musardine. Est-ce que la littérature érotique est considérée comme un art émergent? Non, mais elle reste toujours un peu dans la marge, elle s’est créé ses propres institutions, bien qu’elle prenne de plus en plus de place dans les institutions grand public.

La librairie organise chaque mois une rencontre avec l’auteur du moment. Une soirée autour d’un buffet sucré-salé est donc ouverte à tous. La célébration de la chair et de la sensualité se déroule donc, à l’arrière de la librairie. On m’a chaleureusement invité à cette soirée, tout en me donnant un exemplaire du livre à l’honneur, Sex in the kitchen.

Sex in the kitchen d’Octavie Delvaux

Puis ses pulsions masculines le rattrapèrent : au bout de quelques minutes, il ne peut s’empêcher d’accompagner le mouvement de vives impulsions du bassin. Et les secousses reprirent de plus belle. De nouveau, il la pilonnait comme un forcené échappé du bague. On aurait dit qu’il voulait lui perforer la matrice à coups de queue. Un vrai marteau-piqueur ! Charlotte ne pouvait retenir ses cris. Elle sentait un truc naître au fond de son ventre, un truc que l’engin redoutable du militaire réveillait enfin, et qu’elle n’avait jamais connu avant. C’était puissant comme un orgasme clitoridien, mais sans à-coups, juste le summum du plaisir, en constance. Charlotte mordait le coussin du canapé pour étouffer ses hurlements. Des larmes coulaient le long de ses joues. Elle explosait de plaisir. Lorsqu’il la sentit au bord de la suffocation, Boris ralentit enfin la cadence. »

Je dois admettre que ma connaissance de la littérature érotique est très limitée, et elle est issue presque uniquement de mon bagage académique. Je me suis donnée au jeu et j’ai lu le dernier chouchou de La Musardine : Sex in the Kitchen, d’Octavie Delvaux (prononcé ici si-xe-ine-de-kit-che-ne).

L’éditrice de La Musardine m’a dit, à la sortie de la librairie, « Vous allez bien rigoler ! » J’étais bien confiante, je partais avec un a priori positif. Sex in the Kitchen se définit comme une comédie érotique et romantique. Il y a des moments fort cocasses, il va sans dire. Sans nécessairement m’esclaffer à haute voix, j’ai souri à plusieurs reprises. Je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais quart d’heure avec Charlotte et ses copines, ça, non. Bien entendu, l’histoire en soi n’a absolument rien d’original, tous les stéréotypes y sont présents (symptomatique du genre ?) : Charlotte, jeune fille aux allures d’Amélie Poulin, travaille dans une revue culinaire et tient, parallèlement un blogue sur la cuisine végétarienne. Elle a deux meilleures amies nymphomanes, Morgane et Déborah, adeptes du SM, et un bon ami photographe, Benjamin, bien mignon, mais encore puceau. Charlotte laisse son petit ami Bruno après avoir pris connaissance de l’infidélité de ce dernier, et s’enfile les conquêtes au grand bonheur des lecteurs. Et puis, il y a Stan, un mystérieux admirateur qui lui écrit un soir… se laissera-t-elle charmer par cet inconnu ?

J’ai lu le roman vedette de La Musardine et j’ai l’impression qu’on m’a servi environ 300 pages emplies d’ingrédients de base traditionnels, de margarine, d’aspartame et de colorant rose. Au cours de ma lecture, j’avais le sentiment de lire deux écritures ou d’avoir affaire à une écrivaine qui cherche à trouver son ton. Soit, les scènes explicites ne sont pas si mal, mais tout le reste s’avale difficilement. J’avais l’impression de lire les fantasmes d’une jeune adolescente qui rêve de vivre une histoire digne d’Amélie Poulin avec de la sodomie et plus de petites culottes bien mouillées. C’est vrai qu’on ne lit pas des romans érotiques pour l’intrigue, mais quand cette dernière agace plus qu’autre chose, on ne peut que se sentir bien mal à l’aise. Il n’y a pas de second degré dans Sex in the kitchen.

Je pensais qu’on allait me servir des crudités bio et j’ai eu droit à un pot-au-feu. Enfin, des légumes, ça reste toujours bien des légumes, me direz-vous !

Sans doute faut-il fouiner davantage sur le site de La Musardine pour y découvrir l’amant littéraire parfait. Je vous laisse le soin de le faire par vous même. Il y a bien des choses qui ne se discutent pas, les goûts, en l’occurrence. Bon appétit !

– Sylvie-Anne Boutin