Crédit photo : Théâtre des ponts suspendus

La pièce de théâtre Parallèle possède un titre très intrigant. Il peut s’agir à la fois de ce qui est caché au grand public et de ce qui évolue avec les mêmes similitudes de base, mais avec quelques différences. Alors à quoi fallait-il s’attendre en assistant à cette représentation dans le cadre du Festival FRINGE qui se déroulera jusqu’au 21 juin prochain ? À un spectacle tout à fait original qui aborde les diverses déviances sexuelles des individus avec une touche d’humour et de malaises – un cocktail explosif qui ne manquera pas de vous tenir les deux yeux grands ouverts. On a affaire à des sujets tracassés, ou parfois absolument pas, par leurs fantasmes qui n’entrent pas dans les cadres imposés par la société. En psychologie, il y a de nombreux termes qui apparaissent pour tenter de catégoriser ces types de personnes dont les troubles et les attirances particulières finissent souvent par le suffixe « philie ». Quelques-uns de ces termes sont repris par Parallèle et projetés sur un décor qui rappelle les pixels d’un écran. Ils sont présents pour délimiter les tableaux scéniques pendant que les comédiens les performent.

La phrase d’ouverture est celle d’Albert Camus : «  Ce qui distingue le plus l’homme de la bête, c’est l’imagination. De là que notre sexualité ne puisse être vraiment naturelle, c’est-à-dire aveugle ». Elle est également révélatrice du projet tout entier où on pourra assister, du moins un instant, à l’imagination débridée des personnages dans un univers qui semble complètement exempt de jugements. Cette fois, ce ne sont pas les spécialistes qui prennent parole sur leur cas, mais bien eux-mêmes, et ce, sans censure. Un homme assiste à une panoplie de funérailles de gens qu’il ne connait pas parce qu’il prend un vilain petit plaisir à sentir les pleurs, les larmes, d’un homme en deuil sur son corps (dacryphilie). Un autre écrit à un meurtrier avec le désir ardent que ce dernier reproduise ses scènes de crime sur lui (hybristophilie). Une femme qui s’entiche à l’idée que quelqu’un pourrait manger son corps, « prendre une partie de [sa] chair ». Son corps lui appartiendrait, selon ses dires, pour la première fois et elle jouit justement à l’idée de le voir disparaître par morceaux (vorarephilie). Il arrive qu’on se projette dans le rôle de la victime, de celle qui a senti le frottement du « pervers », mais elle aussi a des pulsions qu’on ignore.

Au-delà de la recherche intéressante qui se fait sentir dans l’exploitation des termes (car on apprend quand même quelque chose), il y a les comédiens qui nous surprennent tour à tour avec leur jeu. Ils ont le don de nous faire passer des éclats de rire à un sentiment d’inquiétude, voire de profond embarras. On a continuellement hâte d’arriver au prochain tableau, à la prochaine paraphilie. De plus, ils entretiennent un contact avec le public auquel ils s’adressent et sont d’excellents chanteurs et chanteuses ! Est-ce que j’ai oublié quelque chose ? Enfin, je ne vous en dis pas plus. Vous irez voir de vous-mêmes. D’ici là, il serait bien de réfléchir à ce qui dévie dans vos pensées et vous force à habiter l’existence d’une manière… parallèle.

Vanessa Courville

Présentée par le Théâtre des ponts suspendus, la pièce de théâtre Parallèle est jouée le 16 juin à 18h00, le 17 juin à 21h45, le 20 juin à 17h00 et le 21 juin à 19h15. Pour les détails, c’est ici.