Musique d’ambiance; Dany allume des bougies tout en mettant la table, Helen ramasse les jouets qui traînent sur le plancher. Une soirée juste entre amoureux dans leur (appartement/condo) qu’on aurait tendance à situer dans un quartier cossu, mais qui pourrait clasher avec son voisinage comme le font les regroupements de condos de HoMa. Une parfaite petite soirée bourgeoise, jusqu’à ce que Liam, le frère d’Helen, fasse irruption avant même la première bouchée. Couvert de sang et paniqué, il tient un discours décousu qui fait osciller entre une profonde compassion et un scepticisme persistant.

Un homme a été blessé. On ne sait pas très bien qui ni comment, un chandail couvert de sang, l’unique certitude. En tentant de reconstituer l’histoire pour mieux y réagir, les prises de positions divergent et donnent lieu aux éclats de rage, qui cèdent la place à la manipulation, lorsque l’on est trop près du cap à ne pas franchir,  puis aux excuses. Les rôles s’inversent, viennent les supplications et on recommence.

 Orphelins, c’est une histoire de cercles vicieux. Que ce soit celui du métro-boulot-dodo qui enferme dans une bulle de conformité et laisse démuni face à la marge ou que ce soit celui de cette même marge qui semble se vautrer dans la misère à coups d’«erreurs» de parcours, la pièce se construit sur ce modèle de spirale infernale tant au niveau des dialogues que de la composition des scènes venant consolider ceux, symptomatiques des personnages. S’il est bien  complexe de briser le cycle il l’est tout autant, après y être parvenu, de se maintenir en équilibre en le cercle qu’on a abandonné et celui auquel on tente d’accéder.

Devoir moral ou filiation? Où doit-on placer la limite? Des dialogues cinglants qui viennent appuyer une mécanique bien huilée : la production a déjà fait pas mal de millage ensemble et ça se ressent. Un humour grinçant qui m’a fait me remettre en question moralement, car si la trame est particulièrement dramatique, j’ai ri pendant une bonne partie de la pièce et le reste du temps, j’avais le sourire aux lèvres. Bon, je goûte particulièrement ce genre d’humour, mais j’accuserai également le fait qu’il ne s’agissait pas des miens.

– Vickie Lemelin-Goulet

Orphelins, au Théâtre La Licorne jusqu’au 30 novembre.