Crédit photo : Caroline Laberge

Au 4324 boulevard Saint-laurent, suite 300, je monte pas à pas l’escalier vers l’inconnu. Je me rends à la pièce de théâtre l’Orpheline de Dominique Martel. Un monologue de 60 minutes qui laisse la place à de nouvelles personnalités de Rosie; l’enfant, la catin, la prostituée, tous des personnages qui lui permettent de survivre à cette histoire vicieuse. Tous les objets sont soigneusement placés dans la salle, nous laissant nous perdre dans nos souvenirs d’enfance en attendant le début de la pièce.

À 6 mois environ, son père tombe de l’échelle en voulant aider sa voisine (« qui ne voit plus de la même façon ses bobettes ») laissant sa mère dans une grande dépression qui ne finit plus de finir. « Sa maman s’enveloppe d’un gros manteau de fourrure douillet. Elle reste dans celui-ci puisqu’il est tellement confortable et elle finit par le faire porter à sa fille, mais il est bien trop grand et trop lourd pour la petite Rosie. » Une vie qu’elle doit partager avec sa mère absente, son père décédé, ses oncles, ses tantes, ses cousines et sa grand-mère.

Des textes imagés qui dépeignent d’une façon juste la manière dont les enfants voient la vie. Les propos semblent doux grâce à la manière dont l’auteure nous les livre, mais ils sont poignants, terribles, tragiques et déroutants. Il est horrible de s’imaginer qu’il y a des enfants qui se font voler leurs enfances sans un brin de honte de la part des personnes qui devraient les aimer et les chérir… leurs parents. L’humour noir de cette pièce nous permet de survivre à l’atrocité de cette réalité.

C’est dans cette petite salle intime que je n’ai non seulement été spectatrice, mais que j’ai également fait partie intégrante de l’univers de Rosie. Parfois aussi déroutée que cette petite fille essayant de reprendre son souffle pour affronter la prochaine vague.

Dominique Martel a interprété avec une justesse à en donner des frissons les personnages et a fait avec brio une alternance entre la mère, l’oncle et la personnalité de Rosie qui subit les changements pervers de cette relation. Elle a été généreuse et a pris le temps de nous parler à la fin de la représentation. Elle m’a partagé l’anecdote de la petite poupée que je vous transmets à mon tour. La petite catin a été trouvée dans un Village des valeurs (déjà très usée de ses vies antérieures). Elle a subi plusieurs coups, plusieurs chutes qui ont causé la rupture de quelques-uns de ses membres de porcelaine. Elle a été recollée à plusieurs endroits, y laissant de nombreuses cicatrices. Un aspect qui montre bien la fragilité de celle-ci, comme tous les enfants.

C’est une expérience déroutante pour ceux qui aiment regarder des histoires de déviance enivrante. Orpheline nous fait réfléchir sur cette réalité, mais sans toutefois amener des solutions à cette violence poussant comme de la mauvaise herbe. Comment pouvons-nous aider les milliers de petites Rosie de ce monde?

Ève Tessier

Orpheline, texte, mise en scène et interprétation par Dominique Martel. Collaboratrice à la mise en scène par Tania Baladie. Une production de Cimonac Productions. Orpheline a été présentée au Freestanding Room du 25 au 28 mars 2015.

Pour plus d’information : www.cimonacproductions.com