Crédit: Steeve Laurin

Ce que j’avais lu de Cordélia semblait beaucoup trop évasif pour que je puisse m’en faire une idée. Que penser d’une pièce dont le personnage principal éponyme est qualifié de « femme ordinaire au parcours extraordinaire »? Assurément, trop ou très peu de choses. C’est donc avec peu d’attentes, l’esprit libre, que je me suis installée au centre de la troisième rangée de l’Espace 4001, curieuse d’en apprendre plus sur ce personnage, « celle qui nous quitte, celle de qui on se souvient et qui nous hante longtemps après sa première rencontre »

Cordélia, c’est véritablement 90 minutes d’une femme ordinaire, seule sur scène, racontant et revivant son parcours extraordinaire. Karine Picard, actrice unique de la pièce, y interprète une ex-espionne incarcérée pour être interrogée à propos du meurtre qu’elle est soupçonnée d’avoir commis dans un mystérieux hôtel, où les espions ayant échoué leur mission se retrouvent prisonniers en retraite forcée. La mise en scène épurée, voire dépouillée, que nous offre Camille Loiselle-D’Aragon fonctionne bien, notamment pour sa scénographie. Les éléments principaux du décor, une longue table métallique trônant au centre de la pièce et un rideau blanc déployé progressivement au fil du récit pour délimiter l’espace dans lequel Cordélia est confinée, servent intelligemment la narration de la vie de l’héroïne qui se joue sur plusieurs lieux et différentes temporalités. La musique d’ambiance, performée de main maître par Louis Bélanger – ce dernier figure d’ailleurs quelques personnages muets à différents intervalles de la pièce – épouse les émotions de la prisonnière étayant le pourquoi de ses mésaventures.

L’intrigue captive, mais déroute vers la fin de la pièce. Cet épisode crée une rupture, l’ambiance initiale de tension générée par la narration du séjour de Cordélia à l’hôtel bascule vers le drame, ce qui peut déconcerter le spectateur. Cordélia est tout de même une expérience impressionnante, ne serait-ce que par le jeu de Karine Picard qui rend avec justesse la résilience du personnage principal, un rôle féminin suffisamment intéressant et assez loin des archétypes féminins trop souvent présents au théâtre pour plaire.

Soit dit en passant, La Mariée, une courte chorégraphie de butōdansée par l’émouvante Catherine Cédilot, précède Codélia. La très forte interprétation de l’univers symbolique de la mariée ainsi que la progression des enchaînements m’ont vraiment fait vibrer.

– Florence Grenier-Chénier

Du 16 au 26 mai à l’Espace 4001

La Mariée (10 minutes)

Chorégraphe et interprète : Catherine Cédilot

Cordélia (90 minutes)

Scénographie et costumes : Camille Loiselle-D’Aragon

Conception d’éclairage : Émilie Voyer

Conception musicale : Louis Bélanger

Conception visuelle : Steeve Laurin

Conception graphique : Caroline Richard