Alors que le Québec s’enflamme de toutes parts et que la rue se remplie de revendications longtemps ravalées, voici que même la peinture se met de la partie !

Redevances minières dérisoires, Monarchie constitutionnelle, Ottawa abandonnant Kyoto, ou encore Huffington Post/AOL sont quelques unes des œuvres de la nouvelle série du peintre Alexandre Chartrand. On se fait tous fourrer présente des gros plans de visages dont l’expression faciale renvoie directement au titre de la série. Le graphite et la pastelle grasse tracent les lignes, la peinture aérosol y est dégoulinante, les couleurs sont criantes. Point besoin d’élaborer sur la représentation des visages, la peinture de Chartrand frappe. Le sujet quant à lui se présente de façon plus subtil. Un peu comme les chapitres d’un livre, chaque œuvre est accompagnée d’un titre propre exprimant chacun une idée, une revendication, une raison pour laquelle on se fait tous fourrer.

Pour Chartrand, le rapport entre le titre et l’œuvre fait parti intégrante de la démarche et s’inscrit dans la poursuite de l’exploration surréaliste de René Magritte. Le peintre belge a exploré un tel rapport au tournant des années trente avec, entre autres, La Trahison des images où la représentation d’une pipe est accompagnée de l’inscription Ceci n’est pas une pipe. Magritte a également écrit à ce sujet dans un ouvrage intitulé Les mots et les images.

Chartrand cherche toutefois à amener cette relation entre la toile et son titre à un autre niveau, en profitant du court texte associé à une œuvre pour introduire l’image dans le monde qui l’entoure, dans l’actualité, par une prise de position affirmée. L’image attire notre regard alors que son titre nous parle. Que nous dit-il exactement ? Quelque chose comme : « Vous êtes pas écœurés de vous faire fourrer, bande de caves ? »

Avec leurs expressions orgasmiques, la majorités des représentations semblent apprécier ce que leurs titres dénoncent. Il s’agit là du centre du propos du peintre d’origine franco-ontarienne : provoquer le spectateur en le confrontant aux faits.

Si on n’aimait pas se faire fourrer, on n’en serait peut-être pas là. C’est ce que j’essaie de nous mettre en pleine face, plus ou moins brutalement. En continuant à cautionner l’ordre actuelle des choses, nous acceptons tacitement de nous faire fourrer. Et à constater ce qu’on est prêt à faire pour changer (plus souvent qu’autrement, rien), ça ne peut être que parce qu’on aime ça… Heureusement, le printemps québécois semble se pointer le bout du nez!

Il s’agit d’une troisième exposition solo en autant d’années pour Chartrand. Après Totalitarisme économique (2010) et Hommage à Godin (2011), le peintre consolide sa démarche en l’inscrivant en ligne droite avec la première, où les titres dénonçant les frasques économiques accompagnaient d’alléchants portraits colorés. On se fait tous fourrer s’attaque maintenant en bloc à toute une gamme de sujets : déficit démocratique, environnement, banques, corruption… À voir!

 

Du 2 au 13 mai 2012

Vernissage le mercredi 2 mai dès 17h

À la galerie Point rouge

2471 Notre-Dame Ouest

Montréal Qc H3J 1N6

http://galeriepointrouge.com/

514-586-0554

 

Ottawa abandonnant Kyoto

 

Chartrand – Stephen Harper

 

Parti Libéral du Québec