Émilie Monnet présente la pièce monologue Okinum (barrage, en anishnabemowin) au Centre du Théâtre D’Aujourd’hui dans lequel elle est en résidence à la salle Jean-Claude-Germain. Elle signe l’écriture, la mise en scène et l’interprétation de ce projet ambitieux.

Étirée sur plusieurs formes

Mais qu’est-ce qu’Okinum? De quoi cela parle-t-il? Comment? La scénographie, première chose à attirer l’œil en entrant dans la salle Jean-Claude-Germain, ne flirte pas trop avec un théâtre conventionnel (frontal et avec rideaux). Il y a un pentagone surélevé recouvert d’écorces de bouleau et de peaux de castor. Cinq écrans sont suspendus au-dessus du public, qui lui est disposé devant chaque arête de la scène. La pièce débute avec des bruits étranges, d’une créature mi-homme mi-animal qui n’est pas sans rappeler Gollum, de la série Le Seigneur des Anneaux.

Le déroulement se fait toujours d’un morceau de texte et/ou d’images projetées à un autre. Entre eux, les morceaux se répondent, mais il y a tout de même une fracture de tonalité assez grande entre les segments. Un moment, la comédienne aborde un cancer qui lui ronge la gorge, un autre elle imite de façon un peu drôle une grande bête. Il y a manifestation de l’image que véhicule la femme autochtone depuis l’arrivée des colons à aujourd’hui, puis certaines parties à la Wikipédia où Monnet explique les incroyables caractéristiques du castor (sa capacité à former des barrages visibles depuis l’espace, sa faculté à dépolluer les eaux). Même si l’enjeu de sa pièce est clair, se sauver soi-même et sauver sa culture, son environnement ; l’auteure perd un peu son public entre deux déclamations tonnées en accord avec les écrans projetant des images de natures et des jeux de lumières intéressants.

Théâtre documentaire

Pour revenir un peu sur ces cinq écrans et leur utilité, la forme qui offre le plus de potentiel, selon moi, est celle qui cherche des traces du passé de la comédienne via le vidéo. Il y a une touche de théâtre documentaire dans la pièce, comme Monnet l’emploie à certains moments. Au milieu de la pièce, par exemple, une matriarche intervient et raconte comment dessiner avec ses dents sur l’écorce du bouleau (on reste dans le thème du castor encore). Cette partie est intéressante sans doute car l’on quitte la comédienne pour acquérir un véritable savoir à notre tour.

Ce que défend Monnet dans sa pièce se trouve très bien présenté avec les outils numériques et les voix qui chuchotent en anishnabemowin. C’est une piste foisonnante qu’offre aujourd’hui la projection vidéo, surtout en théâtre documentaire. Il semble – à mon sens – qu’Émilie Monnet ne l’a pas exploité assez, se concentrant d’abord sur la présence corporelle de son personnage et sur l’interprétation du texte poétique qui, elle, n’était pas toujours convaincante. De moments forts comme la colère de la squaw se buttent à des moments moins forts comme l’attente à l’hôpital d’un diagnostic et l’humour qu’elle tente d’y insérer. Quelques maladresses qui ne viennent cependant pas trop ternir la performance globale de Monnet.

– Victor Bégin

Okinum, mise en scène, écriture et interprétation d’Émilie Monnet, au Centre du Théâtre D’Aujourd’hui du 2 au 20 octobre 2018, artiste en résidence de la salle Jean-Claude-Germain.

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