Après une première fin de semaine de chargée à l’OFF Festival de jazz, le second week-end, celui de clôture, avait aussi quelques spectacles à ne pas manquer. J’en ai retenu deux, les vendredi et samedi 14 et 15 octobre. Les deux étaient mémorables, mais chacun pour des raisons différentes.

5 for Trio

Le Dièse Onze accueillait le trio de Québec en fin de soirée le 14 octobre. Avec déjà deux albums studios et un EP en poche, 5 for Trio avait un répertoire intéressant à présenter au public montréalais. Il a même laissé entendre des compositions pour un album à venir : une pièce particulièrement longue et complexe, digne des grands groupes de rock progressif.

Tout y était dans cette performance : la synergie entre les musiciens, l’accueil chaleureux du public, venu nombreux au Dièse Onze pour l’occasion, et le son très « tight » tout au long du set de près d’une heure. Mention spéciale pour le sourire sincère du contrebassiste Mathieu Rancourt, qui semblait profondément touché à chaque applaudissement reçu. Le seul bémol qu’il y a à mentionner dans cette soirée : la grosse caisse de la batterie de Jean-François Gingras avait un son terrible qui ne rendait pas justice à son jeu précis. Vu l’heure déjà tardive à la fin de la première partie, je n’ai pas pu rester pour une seconde moitié, mais les commentaires entendus laissent croire que la fin était aussi puissante que le début. Ce trio fait partie de cette relève jazz qui n’attend qu’à être découverte par le grand public, comme ça a été le cas pour Misc il y a quelques années. Ce n’est, espère-t-on, qu’une question de temps avant qu’ils ne sortent de l’ombre.

Roscoe Mitchell

C’est avec une certaine appréhension que je me suis présenté au spectacle de clôture. Le saxophoniste américain Roscoe Mitchell est reconnu pour sa musique d’avant-garde et ses improvisations vertigineuses et il était accompagné, pour l’occasion, d’un orchestre de vingt musicien – dix de Montréal, dix de Toronto – qui ne demandaient pas moins que d’épater le public du Gesù le 15 octobre.

roscoe-mitchell

Roscoe Mitchell

Les craintes étaient fondées : on avait l’impression d’assister à un concert de musique contemporaine, avec une musique atonale et des rythmes atypiques. Il était difficile de départager ce qui était sur partition et ce qui était improvisé, tant tout sonnait dissonant, surtout dans le premier morceau. Mitchell, lui, était patiemment assis sur le côté de la scène, et s’est enfin levé le temps d’une pièce, où il a joué un flot de notes à un rythme inquiétant, pendant que d’autres musiciens improvisaient en plus. C’était impressionnant à voir et à entendre, en tout cas! Puis, il s’est rassis discrètement, laissant place à une formation réduite, qui a offert le morceau le plus « groovy » de la première partie du spectacle, quoiqu’il était un peu répétitif. Roscoe Mitchell est enfin revenu sur scène, pour s’adresser pour la première fois au public, afin d’expliquer son concept : ces pièces étaient des retranscriptions pour orchestre d’improvisations enregistrées par le passé, ce qui expliquait donc leur côté très inégal et imprévisible. Cet exercice mettait ainsi en lien la composition et l’improvisation. Le concept est évidemment très audacieux, mais le rendu laissait des sentiments plus que mitigés. Après 45 minutes, j’en avais assez. Désolé M. Mitchell!

Prix François-Marcaurelle

La dernière représentation du dix-septième OFF Jazz a été précédée de la présentation du Prix François-Marcaurelle, instauré en 2004 et perpétué depuis à chaque année. Le prix récompense un artiste qui s’est distingué sur scène lors du festival, lui remettant une bourse de 750 $ et une invitation pour le prochain OFF, en 2017. C’est l’ensemble de Hichem Khalfa qui est reparti avec les honneurs. On peut donc déjà le compter parmi les spectacles à suivre de près l’an prochain.

– Olivier Dénommée