Samuel Blais et Dan Weiss / Photo : Michel Pinault

Pour une 19e année, l’OFF Festival de jazz de Montréal a fait vibrer le début octobre de bien des amateurs de jazz cette année. C’est surtout une tradition pour l’auteur de ses lignes qui se laisse surprendre chaque année depuis 2013 par des artistes aussi talentueux qu’attachants dans des salles trop petites pour accueillir tout l’amour qu’ils méritent. Cette année n’a pas fait exception, et le bilan semble être très positif du côté du comité organisateur, malgré quelques changements imparfaits. Notre retour en quelques spectacles.

The Solon McDade Quintet

Un conflit d’horaire a fait en sorte que notre premier spectacle à l’OFF Jazz cette année était selon du contrebassiste Solon McDade et ses musiciens le samedi 6 octobre. C’était aussi une première visite au Café Résonnance en dehors du contexte des 5 à 7, puisque ceux de l’OFF ont plutôt lieu au Dièse Onze cette année. L’endroit est chaleureux, mais loin de pouvoir accueillir adéquatement les amateurs venus nombreux pour l’occasion. C’est là qu’on réalise que le festival est victime de son succès, n’espérant probablement pas des salles aussi pleines.

Mais une fois installés, on se laisse porter par la musique… et par l’humour du sympathique contrebassiste et compositeur : McDade a un naturel et une originalité dans ses pièces, autant dans leur composition que dans le choix de leur titre. Il a quand même débuté la soirée avec He’s a Problem in the Locker Room, une référence avouée à P.K. Subban et une belle entrée en matière pour cette soirée de jazz modern. En formule quintette, on perdait malheureusement le charismatique musicien caché derrière les deux saxophonistes toujours au premier plan. Plus sérieux et concentrés, ils ont bien performé, mais sans vraiment se démarquer. Mais on aurait redemandé des anecdotes de Solon McDade, parfois longues, mais toujours divertissantes. La plupart des pièces jouées étaient tirées de l’album Murals, paru en avril dernier. Ça mérite bien une oreille!

Donny Kennedy et Evan Shay faisant ombrage à Solon McDade / Photo : Michel Pinault

(Trio Ellias / Copland / Vedady)

Petite parenthèse sur ce spectacle, un de ceux qu’on attendait avec le plus d’impatience : une rencontre entre le guitariste Roddy Ellias, le pianiste Marc Copland et le bassiste Adrian Vedady. C’était le seul à la programmation de l’Upstairs cette année, une des meilleures salles en ville pour le jazz, mais la passe média excluait ce lieu pour la première fois pour l’occasion. Une grande perte parce que plusieurs des journalistes suivant l’OFF Jazz ne peuvent pas se permettre de payer tout près de 20$ pour simplement s’asseoir et en plus se payer un repas et souvent une ou deux coupes de vin pour accompagner le tout. Le portefeuille a parlé, et on est resté chez nous ce soir-là. On comprend la position de l’Upstairs, qui perd probablement beaucoup d’argent en laissant entrer gratuitement des personnes qui souvent ne consomment pas ou très peu, mais un compromis aurait pu être proposé en retirant les frais d’entrée à ceux qui commandent un repas, par exemple. À méditer pour 2019?

Feliciano’s Dilemma

Chaque année, on assiste à un spectacle plus corsé où on se perd dans les expérimentations et des concepts trop éclatés pour être résumés comme il se doit. Feliciano’s Dilemma, présenté le vendredi 12 octobre au Centre Phi, entre parfaitement dans cette catégorie. Essayons quand même de résumer l’expérience : une douzaine de musiciens sur scène, dont le saxophoniste Jean-Pierre Zanella, un peu au cœur du projet quand est venu le temps d’amener ce projet ici, et le compositeur/chef d’orchestre/raconteur australien Mike Ryan. Ryan raconte une histoire à la salle, celle de Feliciano Santana, un Brésilien qui connaît un grand dilemme transposé en musique par des improvisations souvent chaotiques, mais aussi par des moments mélodiques d’une grande beauté. Ajoutons à l’équation des photos de la Brésilienne Alice Kohler présentées en diaporama à l’arrière. Le tout dure environ 1h40 (sans entracte!) et on se demande souvent si tout le monde sait ce qu’il joue, surtout le quatuor à cordes qui a semblé passer le plus clair du spectacle à froncer les sourcils en regardant les simagrées du chef d’orchestre à l’avant. Était-ce bon? Le concept l’était en tout cas, après c’est une question de goût et de tolérance face à l’inconnu. À la fin du spectacle, Jean-Pierre Zanella a pris le temps de remercier le public friand de cette musique souvent moins accessible, mais toujours aussi pertinente à créer.

Feliciano’s Dilemma / Photo : Michel Pinault

Samuel Blais et ses invités

Après Feliciano’s Dilemma, on était prêt à tout! Le spectacle de clôture le samedi 13 octobre promettait d’être unique en son genre : le saxophoniste Samuel Blais recevait à L’Astral le guitariste Ben Monder et les batteurs John Hollenbeck et Dan Weiss. Oui, deux batteurs! Blais a montré son humour naturel en admettant que c’était pour lui sa première fois avec deux drums en même temps, et on se demandait franchement si ce tandem allait vraiment ajouter quelque chose. La réponse brève : oui!

Ce spectacle était unique dans la mesure où les musiciens étaient d’une précision chirurgicale et qu’ils savaient où ils en étaient en un simple regard. À l’avant, Blais et Monder créaient leurs riffs et leurs mélodies. À l’arrière, on sentait que c’était presque un drum battle constant. Normalement, lorsque deux batteurs sont côte à côte, il y a deux options : jouer la même chose pour que la cohésion au rendez-vous au risque de perdre de la spontanéité, ou jouer chacun leur tour, laissant l’autre se tourner les pouces. Weiss et Hollenbeck ont préféré livrer une performance solide et assumée du début à la fin, ne laissant le champ libre à l’autre qu’à de rares moments, et souvent pour répliquer de plus belle juste après. C’était intense et c’est devenu plus corsé à plusieurs reprises, mais c’était si bien amené que l’on n’avait d’autre choix que de se laisser embarquer dans le mouvement. Et Samuel Blais est excellent pour faire la promotion de sa musique, presque toute tirée de son tout nouvel album Equilibrium, paru le mois dernier. Après environ 100 minutes de musique divisées en 2 sets, c’est ainsi que l’OFF Jazz 19 a tiré à sa fin. Trop vite à notre goût!

Dan Weiss, Samuel Blais, John Hollenbeck et Ben Monder / Photo : Michel Pinault

L’OFF Jazz a eu lieu du 4 au 13 octobre. Les détails ici.

– Olivier Dénommée

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