En seconde moitié du 18e OFF Festival de jazz qui s’est terminé samedi soir, plusieurs spectacles faisaient de l’œil aux amateurs. On en fini par en voir trois, avec des résultats parfois mitigés. Comptes rendus de ces expériences mémorables pour toutes sortes de raisons.

Ethan Ardelli Quartet

Ethan Ardelli Quartet / Photo : Olivier Dénommée

Mercredi 11 octobre, j’ai été attiré au Lion d’Or par l’invitation au lancement du tout nouvel album de François Bourassa. Juste avant, le quatuor du batteur torontois Ethan Ardelli réchauffait la salle avec son matériel pas encore enregistré en studio. À l’OFF Jazz, on parlait d’« une expérience musicale qui promet d’être tumultueuse ». Et surtout, on ne pouvait pas mettre n’importe qui avant François Bourassa! Bref, ça promettait!

Or, la performance a laissé un arrière-goût étrange. Plutôt douce et relativement convenue une bonne partie de la représentation, la musique ne soulevait guère les foules. Même les solos, normalement l’occasion d’assumer son originalité, manquait terriblement de mordant. Seul le saxophoniste Luis Deniz semblait vraiment profiter de ses solos pour s’affirmer, alors que le pianiste Chris Donnelly semblait presque incapable d’improviser – d’ailleurs, à peu près personne n’applaudissait après ses solos, parce que personne ne sentait qu’il en avait fait un. Quant au batteur, il est tombé dans le piège qui attend parfois les bandleaders lorsqu’ils veulent absolument être présents en tout temps : il jouait même à des moments où il aurait été plus judicieux de laisser la batterie silencieuse. Tous les défauts de cette musique semblent avoir été accentués par le concept de jouer plusieurs pièces en continu, créant encore plus d’incertitude au sein du public : est-ce qu’on applaudit? Est-ce qu’on attend?

Ethan Ardelli a annoncé durant le spectacle que le quatuor entrerait cette semaine en studio pour enregistrer son nouveau matériel. Souhaitons que le groupe ait plus d’assurance en studio que sur scène! Il faut dire que le groupe avait toutes les raisons d’être stressé, ouvrant pour un groupe de vieux routiers qui avaient tout un spectacle à offrir juste après.

François Bourassa Quartet

La dernière fois que le grand pianiste François Bourassa avait lancé un album de ses propres compositions en quatuor, c’était en 2011. Disons que plusieurs attendaient avec impatience son retour avec ses trois fidèles comparses (Guy Boisvert, André Leroux et Greg Ritchie) et c’était mercredi l’occasion de présenter au public ses toutes nouvelles compositions, toujours au Lion d’Or.

Une chose marque tout projet impliquant Bourassa : son sens de la communication avec les autres musiciens. Derrière son instrument, il échange constamment des regards avec ses musiciens, à un niveau presque télépathique, diront certains. Toujours audacieux dans ses compositions, il proposait un parfait dosage entre l’avant-garde et le sens de la mélodie, en offrant, comme le veut la tradition, des titres originaux et généralement très comiques.

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La cohésion du groupe était tellement belle à constater qu’on acceptait beaucoup plus facilement les passages plus corsés de certaines pièces de Number 9, justement son 9e opus de compositions qui ont été jouées presque intégralement, pour le plaisir des curieux regroupés au Lion d’Or pour l’occasion. « C’est une bonne répétition », avait lancé le pianiste en milieu de spectacle, devant des applaudissements nourris.

Erik Hove Chamber Ensemble

La description du spectacle d’Erik Hove donnait franchement envie de le découvrir à la Chapelle historique du Bon-Pasteur vendredi : une dizaine de musiciens, jouant tous d’instruments non polyphoniques (aucun piano ou guitare impliqué) en mêlant le jazz moderne, le classique contemporain et l’électro-acoustique, attendait les curieux. Ce qu’on avait mal calculé, c’était la portion de contemporain dans le mix.

Car dès la première pièce, les dissonances permanentes étaient au menu. C’était audacieux, oui, mais loin d’être plaisant pour l’oreille. Le concept était charmant sur papier, d’autant plus que les dix musiciens avaient tous un instrument différent, mais en pratique, c’était d’une grande lourdeur. Le charisme manquant du leader n’a pas aidé à séduire les membres sceptiques du public. Heureusement pour le Erik Hove Chamber Ensemble, la performance se faisait sans entracte, sans quoi on devine que certains sièges se seraient vidés entre les deux parties. Il en faut, des spectacles de jazz plus corsés, car il existe une demande auprès d’une certaine niche, mais certainement, certains spectateurs se trouvaient un peu « par accident » dans cette salle pour écouter une musique « weird », du propre aveu du chef et saxophoniste Erik Hove.

Erik Hove Chamber / Photo : Olivier Dénommée

Tout de même, saluons le fait que l’ensemble était un des seuls (peut-être même le seul?) à être paritaires de cette édition de l’OFF Jazz.

Bilan

Pour ses 18 ans, l’OFF a réussi, une fois de plus, à offrir une programmation diversifiée qui n’avait pas à se prostituer pour attirer le public aux différents spectacles. On aurait aimé pouvoir en voir davantage, mais cela fait partie du jeu lorsqu’un festival joue certaines de ses meilleures cartes en pleine semaine, se coupant plusieurs spectateurs non montréalais qui ne tiennent pas à faire un énorme aller-retour quotidiennement juste pour encourager la scène jazz. C’est encore plus dommage pour les 5 à 7 au Résonance, pratiquement inaccessibles pour tous ceux qui travaillent, ce qui empêche de découvrir de jeunes perles qui mériteraient pleinement nos oreilles.

Bon, ces bémols ne devraient pas empêcher le festival de perdurer, mais ce sont des choses à considérer si ce rendez-vous annuel souhaite se rendre encore plus accessible auprès du public.

– Olivier Dénommée

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