Dans un entretien rapporté par Le Soleil, Tonie Marshall décrit par les mots « misogynie bienveillante » cette façon que peuvent avoir certains hommes de haut rang d’aliéner systématiquement leurs collègues féminines ou de traiter leurs égales en subordonnées.  Son film, Numéro une, fait habilement la démonstration de ce que peuvent vivre les femmes œuvrant dans le milieu des affaires, qui espèrent se libérer du plafond de verre.

Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos), femme d’affaire au succès flamboyant, est pressentie par un club féministe pour occuper le poste de PDG pour une des top compagnies françaises.  Pour ce faire, elle devra se dresser contre l’establishment masculin.  Les grandes corporations ayant remplacé la monarchie dans l’imaginaire de nos sociétés capitalistes, Marshall expose son histoire à la façon des intrigues de salon, présentant les stratégies et les médisances des deux camps, dévoilant un univers corporatif coupe-gorge.

Le point fort du film est définitivement la performance d’Emmanuelle Devos qui donne à son personnage beaucoup de relief, nous permettant de croire aisément à sa force et à sa sensibilité.  Le sexisme dénoncé dans le film commence d’ailleurs dans la construction de ce personnage qui se doit d’être une excellente mère, une fille dévouée et une travailleuse acharnée afin de réussir à maintenir le poids de ses ambitions, malgré les reproches que lui font père, époux et collègues. En dépit de ses qualifications supérieures et de son haut rendement, il est difficile pour elle de faire entendre sa voix au sein de son entreprise.  Le film met en scène sa volonté toute simple de faire avancer sa carrière en affrontant le patriarcat.  Ici, l’équation est simple : les femmes incarnent le progrès et les hommes le capitalisme, l’individualisme, le passéisme.

C’est d’ailleurs un reproche que l’on peut faire au long métrage en ce qu’il est si soucieux de démontrer le sexisme horripilant auquel est confronté la protagoniste principale, qu’il en devient parfois caricatural (par exemple, le seul personnage masculin qui ne soit pas misogyne d’une façon ou d’une autre, se fait antagoniser par Blachey). La dénonciation des rouages malsains qu’entretient le milieu des affaires envers les femmes est précise, en ce qu’elle ne laisse de côté aucun détails, au détriment du scénario qui peine à maintenir la tension (signé par Tonie Marshall, Raphaëlle Bacqué et Marion Doussot).  Les manigances des factions finissent par tomber en second plan et les scènes font l’effet de vignettes où l’inégalité est partout. Ainsi, la réalisatrice pointe sa lorgnette, non pas, sur la force de caractère exceptionnelle de son personnage, mais plutôt sur la volonté de fer que doivent posséder toutes les femmes de carrière «ordinaires».

– Rose Normandin

Numéro une est en salle depuis le 18 mai 2018.

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