Crédit photo : Marc-André Goulet

C’est dans un monde surréel saccagé par les méfaits de la guerre que prend place Nuclear Sky : The Experiment, une pièce de théâtre en anglais de Title 66 Productions jouée jusqu’au 7 juin prochain au Théâtre rouge du Conservatoire d’art dramatique de Montréal dans le cadre du Printemps numérique. La Mère courage (die Mutter und der Kinder parce qu’il y a aussi présence de la langue allemande) cherche en vain à protéger sa progéniture des militaires qui rôdent avec un porte-voix en main pour assurer le contrôle. Ses enfants sont « what keeps us together » dans la déchéance, mais ils sont également le produit des nombreux problèmes modernes où les gens veulent être « inside, on top of everything ». Ils se présentent au public par leurs activités Internet, en mentionnant leur nombre d’amis Facebook, de followers sur Twitter, qui sont la plupart du temps leurs ennemis.

Face à leur solitude, face à l’utilisation de la technologie à mauvais escient, face à une culture populaire qui les malmène, les personnages errent à l’intérieur de multiples tableaux divisés en chapitre et projetés sur le fond de la scène. Ils sont guidés par une force mutante qui semble les rendre de plus en plus violents à l’intérieur de cet enclos apocalyptique. Ici, c’est l’usure plus que le temps qui les fait avancer. Les soldats violent les jeunes filles aux visages propres ; vaut mieux marcher sale, ne pas tomber amoureuse d’eux, puisqu’ils dominent « the ennemis, and the lovers too ». Le plus vieux des frères en vient à commettre des atrocités en plus d’être foncièrement homophobe et se mérite « a good hard fuck » par la milice. Une femme ambitieuse est épuisée de se faire demander ce qu’il advient avec ses projets pour la simple raison qu’elle est censée en avoir constamment. Elle ne se sent ni anglophone, ni canadienne. Elle est danseuse. Une autre se fait écrire « big tits » sur son torse presque nu. Parallèlement à tout cela, la Mère aspire à faire le point, à retrouver un contact réel avec ce qui devrait être naturel, la nature elle-même. Elle espère s’en sortir, « everything ends, isn’t it ? », avec ses enfants qui finissent cependant par la quitter un après l’autre.

Nuclear Sky : The Experiment est constitué d’une équipe pluridisciplinaire de neuf comédiens qui alternent la danse, la musique, le cinéma, les technologies, afin de créer une dynamique originale. Certaines scènes sont, en effet, dotées d’une force créative et les projections sont stupéfiantes, notamment celle qui entrecoupe une violence terroriste avec des images de divertissements dans le temps. Toutefois, il y a un nombre considérable de sujets touchés, si bien qu’on se retrouve à plusieurs occasions devant des objets épars, décousus, qui n’ont pas nécessairement de liens entre eux, voire de cohérence d’ensemble. La violence est surjouée. Les idées, bien qu’intéressantes, sont plutôt mal exploitées, ce qui nous fait perdre le fil de cette pièce fort longue qui aurait d’ailleurs gagné à être raccourcie d’au moins une heure.

Vanessa Courville

Nuclear Sky : The Experiment est joué du 3 au 7 juin 2015 au Théâtre rouge du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Pour plus d’informations, c’est ici.