Pour être honnête, c’est presque à reculons que je me suis rendue au lancement du plus récent album de Mara Tremblay à l’Usine C, le 7 octobre. Le titre de l’album (À la manière des anges) et la chanson « Aurait-il plu », offerte en pré-écoute, étaient loin de m’emballer – trop sages à mon goût. Et pourtant, c’est en gambadant (vivement le high post bon show!) que j’en suis sortie, le disque en main, ravie du nouveau son de l’artiste et de son charisme lumineux.

À la manière des anges (mais avec plus de mordant)

Quand j’ai appris le titre du sixième album de Mara Tremblay, je suis restée un peu perplexe. De un, il me semble plus quétaine que poétique (il faut dire que mes yeux saignent chaque fois qu’ils lisent le mot « ange »); de deux, je redoutais qu’il soit annonciateur d’un projet musical teinté de religiosité ou de spiritualité new age. Non merci.

Fan de la première heure (du temps où Mara chantait d’une voix nasillarde des tounes folk un peu trop trash pour la radio comme «Tout nue avec toi»), je redoutais de voir mon ancienne idole un brin déjantée reconvertie en gentille chanteuse de pop trop propre. Mes craintes se sont heureusement dissipées lors du lancement aussitôt qu’elle a interprété « Aurait-il plu ». Dans cette version live, on pouvait à la fois retrouver son énergie sauvage des débuts et profiter de sa plus grande maturité musicale. Du bonbon pour les oreilles.

C’est avec le même enthousiasme que Mara Tremblay a présenté ses neuf autres chansons originales, ainsi qu’une reprise très réussie de « The Grass Is Blue » (Dolly Parton) en version française. Et quelle agréable surprise de l’entendre chanter « J’ai trouvé un vieux joint / Roulé de tes mains / Il y a plusieurs mois / Quand tu voulais encore de moi / Et que tu venais me faire / L’amour à la manière des anges / » (certes, il est toujours question d’ange, mais la référence au joint empêche le texte de sombrer dans la poésie « matante »)!

Les sceptiques étaient confondus

Ses musiciens (dont son fils Victor à la batterie), tout aussi en forme qu’elle, ont livré une performance solide, magnifiée par le jeu d’éclairage remarquable. Si l’acoustique de la salle de l’Usine C laissait un peu à désirer, leur complicité sur scène est surtout ce qui a retenu l’attention. Beaucoup plus rock que sur l’album, les chansons telles que présentées au lancement m’ont semblé plus accrocheuses et, surtout, plus à l’image de l’artiste.

Cinq ans et demi après son dernier projet solo, Tu m’intimides, une longue traversée du désert et un diagnostic de bipolarité, Mara Tremblay était visiblement heureuse de retrouver son public, qu’elle a remercié trois fois plutôt qu’une. « Ça m’a pris beaucoup de temps à faire cet album, mais je crois que ça en a valu la peine », a-t-elle lancé à la fin, tout sourire, fière de sa performance.

Les spectateurs et spectatrices ont dans l’ensemble bien accueilli la nouvelle proposition musicale de l’artiste – applaudissements à l’appui! Et les nostalgiques de la période plus fofolle de Mara ont pu se consoler lors du rappel avec la chanson folk au titre bien choisi : « Nostalgie ».

Edith Paré-Roy