Lorsqu’on entre dans la salle, on nous bloque l’accès aux sièges, nous incitant plutôt à marcher sur la scène pour observer des œuvres d’arts. Puis, on s’aperçoit que quelques sièges ne sont pas vides, mais bien occupés par des êtres costumés, dont certains semblent tout droit venir du début du siècle dernier. Finalement, peu à peu, les choses deviennent claires : le changement de langue en plein milieu des phrases, les élans soudains de poésies cérébrales, l’attrait envers l’onomatopée, la violence banalisée, les citations d’Artaud à répétition, les brides de sexualité gratuites, l’absurde, le malaise, les hommes en jarretelles ; nous sommes dans un happening dadaïste !

La prémisse de Leçon d’hygiène, bestialités et mets canadiens est plutôt simple : Zoutan, artiste avec un grand A de renommé internationale, décide de sacrifier un humain – dommage, les raisons de cet acte ne seront jamais abordées durant la pièce – pour l’accomplissement de la « révolution artistique », peu importe ce que ce terme veut réellement signifier pour lui. Igor, livreur de pizza montréalais d’origine russe, grisonnant et ordinaire dans tout les sens du terme, se propose pour, peu à peu, se faire découper et manger pendant une cérémonie protocolaire tenue par des artistes qui glorifient leur propre génie et leur art aux nombreux –isme.

En 1916, plusieurs artistes, révoltés par l’atrocité de la Première Guerre mondiale et fatigués des artistes qui créent davantage pour analyser leurs œuvres que pour la créativité, avaient jeté les bases du dadaïsme. À travers les comédiens – excellents, malgré quelques performances inégales – on comprend que ce mouvement a toujours une certaine pertinence aujourd’hui au Québec : une réalité où le peuple gronde pour l’injustice sociale, où les télé-réalités insipides abondent (plusieurs personnages rappellent d’ailleurs des figures actuelles de la télévision québécoise… Et où, encore, l’art est souvent une question d’initiés, où l’important est qui connaît qui, quels artistes méconnus inspirent et s’il est possible de résumer une démarche en quinze pages ou plus avec de très longs mots.

La pièce n’est pas tendre – parfois même à tord – envers l’art intellectuel et l’humour est tranchant (voir ici un double sens). Malgré tout, un propos résonnant et rempli d’espoir sur le bien fondé de l’art dans la société se dégage de cette ribambelle de « n’importe quoi ». Si vous souhaitez un divertissement populaire, une histoire logique ou encore des personnages attachants, je vous conseille de passer votre chemin. Sinon, devenez donc dada le temps d’une soirée, vous aussi.

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii).

LEÇON D’HYGIÈNE, BESTIALITÉS & METS CANADIENS

La Chapelle – 3700 St-Dominique

Du 12 au 21 avril à 20 h (14 et 21 avril à 15 h et 20h)

Une création de Transthéâtre

Mise en scène et dramaturgie : Michel Monty

Idée originale : Michel Monty, Simon Lacroix, Justin Laramée et Mathieu Quesnel

Avec : Philippe Audrey, Bonny Giroux, Simon Lacroix, Justin Laramée, Michel Monty, Igor Ovadis, Mathieu Quesnel et Bruno Rouyère

Scénographie : Valérie Archambault

Costume : Sylvain Genois

Montage sonore : Made in India

Assistance à la mise en scène : Marie-Eve Charbonneau

Éclairage : Étienne Boucher

Direction de production et régie : Eve Marchand

Direction technique : Olivier Gaudet-Savard

Billetterie La Chapelle : 514-843-7738