Crédit photo : Stéphane Bourgeois

Ces jours-ci est présentée la pièce Norge de Kevin McCoy au Théâtre du Trident, à Québec. Sur la scène flottent quelques icebergs, à la dérive. Comme Kevin, à la fois personnage et auteur de son histoire, qui ira chercher ses racines jusqu’en Norvège. Au-delà du cercle polaire, là où la nuit dure toute la journée.

Et pour moi, ce fut aussi très personnel, un récit qui a résonné en moi, faisant vibrer plusieurs cordes sensibles, par ses similitudes avec ma propre histoire.

Au début, c’est l’histoire d’un voyage. L’avion, les guides touristiques, les rues, les musées. Puis, peu à peu, ça devient son voyage. Kevin découvre l’âme du pays de sa grand-mère, les toiles de Munch, la musique de Grieg, la langue d’Ibsen. Et c’est sur cette toile de fond qu’il voyage en lui, même après son retour à Québec. Victime d’engourdissements inexplicables, Kevin se retrouve avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête : il a peut-être la sclérose en plaques, la maladie du Nord. Si je ne peux imaginer ce que c’est, je peux certainement compatir, moi qui côtoie des personnes atteintes de maladies chroniques.

Le texte est un patchwork français-anglais-norvégien, comme Kevin lui-même, immigré au Québec, d’une mère états-unienne et d’une grand-mère norvégienne. Un monologue intime et sincère qui m’a touchée, moi, petite-fille d’immigrants. Je comprends ce besoin de connaître les raisons qui les ont poussés à quitter la mère patrie, de voir ces lieux qu’ils ont autrefois habités, de renouer avec des parents éloignés. De les faire revivre d’une certaine façon, de les connaître davantage après leur départ. Et par la même occasion, de réconcilier ses souvenirs d’enfant avec l’adulte qu’on est devenu, de comprendre qui l’on est.

Je veux souligner la présence sur scène d’Esther Charron, pianiste, qui a su incarner avec sa musique tous les fantômes de la vie de Kevin McCoy. Je me suis laissée bercer avec lui.

Ariane Hivert

Norge est présenté au Théâtre du Trident à Québec jusqu’au 28 mars 2015. Texte, jeu et mise en scène par Kevin McCoy. Une coproduction du Théâtre Humain.