La Peuplade nous a toujours souvent surpris au fil des années avec leurs publications toujours plus audacieuses (et on les remercie!). Cet automne, il lance Nirliit, un roman du Nord écrit par Juliana Léveillé-Trudel qui travaille dans le domaine de l’éducation au Nunavik.

Une jeune Montréalaise, une Blanche, s’adresse tour à tour à Eva, une amie disparue et probablement morte, et à son fils Elijah, un jeune homme en quête de réponses et surtout de sens dans ce village de Salluit où tout semble régi par la loi du plus fort, du plus rusé ou du plus riche. Salluit, village nordique, lieu de plusieurs abominations racontées dans le roman : les abus faits aux femmes, l’alcoolisme ravageur, le décrochage des jeunes et leur désillusion face à la vie, la violence dans le cœur et la tête des jeunes hommes, partout. Léveillé-Trudel porte un regard lucide et rempli de compassion sur tous ces gens dont la vie ressemble beaucoup plus à un combat qu’autre chose. Elle n’excuse rien, mais ne juge pas non plus, autant le comportement des Blancs que ceux des Inuits. On comprend aussi qu’au milieu des relations entre Blancs et Inuits, réside une grande incompréhension de l’autre. La compassion envers ce grand peuple d’incompris, de déracinés, donne une dimension profonde au texte et le rend touchant malgré les passages souvent très durs.

En filigrane, l’auteure trace aussi une histoire des femmes inuites, de tous les âges, de toutes les personnalités, qu’elles soient mères, filles, sœurs, amantes, écolières, grands-mères, travailleuses, amoureuses. On a parfois l’impression qu’elle donne une voix à toutes ces femmes inuites qui n’en ont pas encore dans cette société, qui trop souvent se taisent ou ne savent pas s’exprimer autrement que par la soumission ou la révolte crue.

En parallèle avec les adresses de la jeune Montréalaise à Eva et son fils, on suit le parcours touchant de la jeune Maata, jeune mère qui s’éprend d’un travailleur blanc, un homme perdu qui, au final, ne saura pas lui donner ce qu’elle désire tant. Maata donne la vie alors que tant d’hommes l’ont enlevé à plusieurs femmes. Maata donne naissance à une petite fille qui s’appellera Eva, perpétuant ce cycle de vie, avec au cœur l’espoir que ce sera différent. Juliana Léveillé-Trudel révèle un monde pas si loin du nôtre, un monde de froid, de violence, mais aussi d’amour où on porte les petits bébés dans des capuchons de fourrure cousus par les grands-mamans bienveillantes.

Elizabeth Lord

Nirliit, Juliana Léveillé-Trudel, La Peuplade, 2015.