Crédit photo : Véro Boncompagni

Le Cinéma du Parc diffusera aujourd’hui, le 15 janvier, l’un des documentaires canadiens les plus percutants des dernières années et produit par l’Office national du film du Canada. Présenté en septembre dernier au Festival international des films de Toronto (TIFF), ainsi qu’en octobre au Festival du nouveau cinéma de Montréal, le premier documentaire réalisé par Mina Shum, Ninth Floor, remet en avant plan la manifestation universitaire la plus importante du Canada, qui a eu lieu dans le premier tiers de 1969 sur le campus de l’Université Sir George Williams — devenu l’Université Concordia en 1974 après s’être fusionné au Collège Loyola. Cet évènement a éclos à la suite d’une plainte officielle faite par neuf étudiants venus des Caraïbes contre leur professeur de biologie qu’ils accusaient de racisme à la suite de notes plus défavorables à leur égard que celles données à leurs compatriotes d’origine canadienne, et ce, pour des travaux équivalents. Si vous pensez que les manifestations du Printemps Érable de 2012 trônent au sommet des rébellions universitaires du Québec, attendez de voir Ninth Floor.

Deux ans après l’Expo 67, où Montréal et le Canada ouvraient leurs portes au monde entier dans un élan d’ouverture, de joie, de paix et d’harmonie, les événements de Sir George Williams extériorisent le racisme hypocrite qui sévit, même dans les hautes sphères de l’éducation. La colère du groupe d’étudiants augmente lorsque le 29 janvier le comité que l’université avait formé, non sans scandale, rejette la plainte. De cette date jusqu’au 10 février 1969, plus de 200 étudiants, incluant les plaignants, se barricadent au 9e étage du campus, où se trouve le département de l’informatique. Les évènements dégénèrent lorsque les policiers se mettent de la partie et une immense souricière mettra en danger les militants, alors que des gens installés à l’extérieur scandent la mort des combattants. Plusieurs arrestations découlent de cette confrontation. La plaie s’agrandit, des regroupements s’organisent et le combat se poursuit même à Trinidad, lieu de naissance de certains plaignants, dans les rangs du mouvement Black Power qui mène en force durant cette période. Montréal perd alors son innocence.

Ninth Floor est le premier documentaire signé par la réalisatrice Mina Shum, qui apporte avec son oeuvre une réflexion nécessaire. Crédit photo : Véro Boncompagni

Venue de la fiction, Mina Shum (Double Happiness, Long Life, Happiness and Prosperity) a construit avec une profonde minutie cette œuvre qui porte au grand jour cette émeute méconnue pour plusieurs. Comment d’ailleurs, a-t-on peu le mettre aux oubliettes de notre histoire ?! À l’aide d’archives et d’entrevues avec les principaux acteurs de l’évènement, elle a réussi à bâtir, avec l’aide d’une solide équipe qui inclut le producteur Selwyn Jacob idéateur du sujet, une intense réflexion sur notre rapport à l’étranger et sur les formes de racisme implicites qui persistent et, trop souvent encore, signent. Bien qu’à prime à bord, on peut rester un peu inquiet face à l’installation graduelle, en première partie du documentaire, d’une mise en scène empruntée, et parfois un peu trop appuyée, au film d’espionnage, par exemple par l’installation de plans où les protagonistes sont installés dans des cabines téléphoniques publiques, on se laisse rapidement happer par cette proposition qui devient précieuse et appuie les propos des différents intervenants du film avec justesse. Mina Shum nous plonge tranquillement dans le sentiment que ces alliés sont sous surveillance constante, comme certains l’ont expérimenté jadis. Elle nous transmet non pas seulement en témoignage, mais en atmosphère la fragilité, la violence et le climat de peur qui émanaient de l’émeute de façon assez habile.

Sensible, percutant, mais surtout rempli de sagesse de par la parole de ceux qui ont vécu au cœur de la manifestation, Ninth Floor est une œuvre porteuse d’une vision humaniste sur un évènement qui découlait à la base d’une question de principe et de justice. Par ailleurs, il n’est pas étonnant que le 15 janvier ait été choisi comme date officielle de sortie, alors qu’on y célèbrera le 87e anniversaire de naissance de Martin Luther King Jr., grand défenseur des droits civiques des États-Unis. Je vous invite donc à découvrir cette œuvre nécessaire qui fait partie du palmarès des dix meilleurs films canadiens de l’année 2015.

Julie Lampron

Ninth Floor de Mina Shum prend l’affiche aujourd’hui au Cinéma du Parc demain, le 15 janvier, à 19h30.

Pour le calendrier complet, c’est ici.