L’instantané, la technologie permet que l’on puisse à n’importe quel moment être à l’affût de ce qui se passe dans n’importe quel coin de la planète. Que l’on pense aux messages textes, Facebook, Twitter et bien plus qui sont les outils pour s’exprimer de façon à ce que beaucoup de gens puissent y accéder. Et pourquoi pas, utiliser l’appareil photo de nos téléphones intelligents pour figer le temps, immobiliser une émotion. Ne sois pas effrayé par le pollen dans l’œil des filles est le résultat d’une rencontre entre Jean-Yves Fréchette (auteur) et Patrick St-Hilaire (photographe) inspirée des nouveaux médias accessibles à tous.

Lorsque nous rentrons dans l’univers du tweet, nous devons manipuler les mots avec finesse afin de nous exprimer en 140 caractères. Un rythme s’impose, un défi de taille vient de se rajouter puisque l’auteur de Ne sois pas effrayé par le pollen dans l’œil des filles doit s’inspirer des photos prises par le photographe pour rédiger ses minuscules textes. Dans cette « twittérature », on retrouve 140 tweets, 140 photos qui sont divisés en 10 chapitres de 14 images. Les sujets des photos sont les quatre filles de Patrick St-Hilaire qui ont elles-mêmes choisi les thèmes, les décors et les poses.

Les photos dégagent une énergie singulière, authentique et parfois familière. Elles sont de plus très significatives puisqu’elles sont le résultat des thèmes qui chamboulent, changent et renouvellent la vie des jeunes filles. La décision du noir et blanc accentue l’intemporalité des images ainsi que les contrastes entre le clair et l’obscur. Les métaphores, la poésie des textes nous confrontent à voir ce livre au deuxième niveau. Nous ne pouvons pas tout simplement nous dire que les jeunes filles jouent ensemble. « Quand le jeu gambade. La gravité nous rappelle ce qui pèse. Surtout quand le jeu gambade dans la solitude de l’envol. Tel un malaise désuet. » Nous devons aller plus loin lors de notre réflexion puisque l’enfance est remplie de débordement, elle prend ainsi la direction qu’on veut bien lui donner.

Voici quelques extraits qui pourront vous laisser divaguer dans votre esprit!

 Ailleurs. L’ordre, la beauté, le calme et la volupté s’emmêlent dans un ailleurs où les images ne veulent tout simplement plus se disperser.

Te donner du courage. Baver. Barber. Braver. Tu croyais dur comme fer que toutes ces postures d’attaque finiraient par te donner du courage.

Vagues. Rien ne clochait dans ton beau regard de pierre. La houle s’agitait en vagues dans tes cheveux. Et la lumière coulait sur tes joues.

Les gestes anodins. Ce sont les gestes anodins qui consolident les tempêtes du tambour intérieur. On régularise ainsi les frasques du tempo.

Muette. La gêne est muette. Souvent rien n’y paraît. Si ce n’est la tête penchée vers le sol. Si ce n’est le repli de soi sous la chevelure.

Un livre qui permet une liberté, une nostalgie de ces moments que tous ont vécus. Pour ma part, je me suis sentie interpellée par les significations que je pouvais y trouver. Pour reprendre un tweet du texte, « À l’envers. La critique cultive visuellement de nouvelles perspectives. Voir autrement. En deçà. Au-delà. Au-dessus. Au-dessous. À l’envers ». Nous devons nous livrer à ce jeu pour apprécier ce texte, mais également, je pense que l’on doit s’imposer cette façon de faire pour aborder la vie. Ne sois pas effrayé par le pollen dans l’œil des filles mérite plusieurs lectures pour y déceler de nouvelles réflexions.

Ève Tessier

Ne sois pas effrayé par le pollen dans l’oeil des filles, Jean-Yves Fréchette et Patrick St-Hilaire, L’instant même, 2015.