Titre révélateur de l’indifférence des deux protagonistes quant à une incertaine fin du monde. Le spectateur s’assoit et observe in media res les deux danseurs. Ils sont seuls sur scène dans une ambiance de fête qui semble plus ou moins amusante. Assis sur des chaises de patio en banal plastique blanc, l’un après l’autre, ils gonflent nonchalamment des ballons colorés qui contrastent drôlement avec leur air blasé. L’ersatz d’Adam et Eve version post-apocalyptique se poursuit par une heure de jeux et de dérision.

Bien que rien ne semble pensé au mouvement près, les danseurs arrivent à un certain équilibre chorégraphique par l’étrange balancement qui se crée entre l’hystérie et l’indifférence. Cette pièce, qui s’inscrit dans la continuité de la recherche de Manuel Roque sur un équilibre entre signature chorégraphique singulière et conscience dramaturgique aiguisée, réussit le pari de faire rire et réfléchir le spectateur, tout en lui fournissant assez de danse pour que ses attentes soient comblées. Dans une perspective post-apocalyptique où seuls deux humains restent, le spectateur est en droit de se demander quelle est la place donnée au langage et aux relations interpersonnelles. Sans s’enfoncer dans les profondeurs abyssales des difficultés à communiquer, les danseurs, en étant que de très courts instants en symbiose l’un et l’autre, engendrent une réflexion sur l’éphémérité du bien-être relationnel.

La pièce navigue sur des concepts existentiels sans jamais s’y échouer. On y retrouve beaucoup de l’enfance, que ce soit le plaisir ressenti enfant à se laisser aller spontanément à danser, les bras mous et les hanches affolées, ou encore le besoin irrépressible et égocentrique d’obtenir l’attention complète de l’être aimé (il faut absolument voir la monstrueuse crise que pique Manuel à Lucie, elle est hilarante).

La réussite de la pièce repose sur l’équilibre établi entre dramaturgie et danse, mais notamment sur l’originalité avec laquelle les danseurs ont performé certains jeux et concepts et la justesse de leur interprétation. Rien n’y sonne faux.

– Florence Grenier-Chénier

Les 20, 21, 22 septembre à 18h30 et le 23 septembre à 16h au Studio Hydro-Québec du Monument-National.