Biz ouvre en grand la saison littéraire québécoise hivernale avec son nouveau roman Naufrage, publié chez Leméac. Le quatrième roman du membre de Loco Locass s’avère réussi et poignant, d’une grande sensibilité.

Frédérick Limoges a tout du bon père de famille travaillant. Il aime sa femme Marieke, adore leur fils Nestor − petit être attendu pendant plusieurs années − et se sent accompli dans son emploi au gouvernement. Tout basculera pour lui lorsque, lors d’une vague de coupures massives dans son département, il se verra muté vers les Archives, pour y relever, lui dit-on, de «nouveaux défis.» Pour Frédérick c’est le début de la fin : il est trop jeune pour prendre sa retraite, mais trop vieux pour réorienter sa carrière, du moins c’est ce qu’il croit. En faisant la connaissance de ses nouveaux collègues et en découvrant ses « tâches », il doit se rendre à l’évidence : il ne sert dorénavant plus à rien au travail. Ce climat perdurera quelque temps jusqu’à prendre le contrôle de son esprit, petit à petit. Un jour comme les autres en apparence, quelque chose fera chavirer tout le reste : l’irréparable, l’indicible.

Au fil des années, la prose de Biz s’est bonifiée, solidifiée. Le rappeur s’éloigne tranquillement, mais l’écrivain, lui, se fait rassurant ; il sait parfaitement où il amène son lecteur. Sûrement parce que lui-même en est un, un lecteur aguerri. L’écriture de Biz est toujours parsemée de références à  des œuvres littéraires : l’Illiade d’Homère, Les Bienveillantes de Jonathan Littell  pour ne nommer que celles-là. En plus d’apporter une richesse à son écriture, ces livres auxquels il fait référence ouvrent des portes de narration qu’il n’aurait pu explorer sans eux. Il nous guide à ses côtés, nous fait pénétrer son univers, le cerveau de ses personnages.

Ainsi la tragédie vécue par les personnages devient réelle sous la plume de Biz, bouleversante et déchirante. Une leçon sur l’empathie se dessine à l’horizon ainsi qu’un regard nouveau sur le jugement que l’on porte souvent trop rapidement sur les actes des autres. Mais pas tout de suite, un peu plus tard. Pour l’instant, le lecteur doit émerger du livre, oublier un peu, se rappeler que ce n’est après tout que de la fiction, même si tout le monde le sait, la réalité dépasse immanquablement la fiction.

Elizabeth Lord

Naufrage, Biz, Leméac Éditeur, 2016.