Crédit photo: Matthew Fournier

Un «one man show touristique», c’est ce à quoi nous convoquait le Théâtre Hors Taxes en codiffusion avec La Manufacture mardi soir dernier. Jusqu’au 12 septembre, La Petite Licorne présente Napoléon voyage (où Napoléon es remplacé par un inconnu qui n’a jamais voulu tuer de Prussiens), une pièce écrite et interprétée par Jean-Philippe Lehoux (à qui on doit aussi Comment je suis devenue touriste) et co-mis en scène par Philippe Lambert.

Napoléon voyage questionne la valeur du voyage au 21e siècle. Jean-Philippe Lehoux nous partage les péripéties des voyages qu’il a entrepris dès l’âge de 20 ans, passant de la Bosnie à la Syrie, du Japon à la Norvège, et bien d’autres destinations encore. Il ne manque d’ailleurs pas de mésaventures cocasses à nous raconter, entrecoupant ses expériences de voyage par… d’autres expériences de voyage. Ses apartés prennent ainsi la forme d’un stand up comique où il s’adresse directement au public, plongé dans la pénombre, un projecteur perché au-dessus de sa tête. Ou alors micro à la main nous mitraillant de détails désopilants. Pendant toute la pièce, il provoque les rires du public et l’invite même à chanter alors qu’il raconte son passage dans une classe d’élèves au Japon.

D’ailleurs, la musique est prédominante dans cette création, quitte à lui nuire parfois. Bercés par les notes de l’auteur-compositeur-interprète Bertrand Lemoyne, on navigue entre l’autodérision et le malaise. Les envolées lyriques de l’interprète, et sa performance qui tend parfois à éclipser l’acteur, suscitent quelques questionnements. L’idée de la musique est pertinente et intéressante, car elle trace une trame semblable à celle d’un film. On se laisse voguer d’un récit à l’autre. On est séduit par le conteur sur scène et on plonge littéralement dans ses histoires rocambolesques. Pourtant, sans rien enlever à Bertrand Lemoyne, son interprétation détonne, car on saisit rapidement que nous ne sommes pas en présence d’un acteur. Comme si Jean-Philippe Lehoux et lui jouaient chacun une partition créant une énergie antagoniste.

Cette pièce, clin d’oeil à un meilleur ami, traduit une volonté chez Jean-Philippe Lehoux d’être un grand voyageur. Pourtant, il devra se résoudre à chausser les espadrilles usées de l’éternel touriste. Celui qu’on reconnait des milles à la ronde. Que ce soit en Bosnie où le tourisme de guerre jure avec sa situation de maigre garçon de 20 ans ignorant la réalité des pays d’après guerre, ou encore en Norvège alors qu’il manque d’adresse devant le roi Harald V.

Fuyant les tout-inclus comme la peste, préférant la rencontre authentique avec l’autre, avec sa culture, ses femmes… et ses perpétuels dérèglements intestinaux dus à l’indigeste bouffe ethnique, Jean-Philippe Lehoux livre une comédie ouverte sur le monde et provoquant un désir insatiable de partir à la rencontre de l’autre.

– Edith Malo

Napoléon voyage (où Napoléon es remplacé par un inconnu qui n’a jamais voulu tuer de Prussiens), Jean-Philippe Lehoux, auteur en résidence au Théâtre La Licorne. Jusqu’au 12 septembre à La Petite Licorne. Du lundi au jeudi 19h – vendredi 20h.