Écrivaine aguerrie, Martine Delvaux nous revient pour la saison printemps-été avec Nan Goldin : guerrière et gorgone chez les éditions Héliotrope.

Guerrière pour son côté frondeur et gorgone en ce qu’elle est la gardienne farouche du souvenir au-delà de la mort, Nan Goldin est une artiste de l’immortalisation, une photographe des bas-fonds. À la manière de Baudelaire, elle fait ressortir le beau du sordide, la grâce de la misère. Mélangeant littérature et photographie, elle s’inscrit dans la lignée des Claude Cahun, Hervé Guibert et Sophie Calle de ce monde, pour ne nommer qu’eux.

Parfois en faisant se contredire l’image et le texte pour faire ressortir le biais des apparences, parfois en  s’attaquant à des sujets si profonds que peu osent y creuser et encore moins les montrer à la face du monde, Nan Goldin a toujours suscité un engouement particulier, morbide, auprès des photographes comme des écrivains.

Le suicide de sa sœur, qui brimée dans sa liberté a préféré les rails d’un chemin de fer, ses amis décimés par le Sida (Goldin née en 1953 est de la génération qui l’a vu «éclore»): autant de souffrance qui nourrissent l’artiste et son œuvre. Drag Queens, Junkies, Skinghead, sidéens, elle les aime, les comprend, s’y identifie et les immortalise en un déclic, s’immortalisant elle-même par la même occasion.

À la manière de Nan Goldin qui s’identifie à sa regrettée sœur qui est le fondement même de son approche artistique, avec Nan Goldin : guerrière et gorgone, Martine Delvaux vient créer des liens entre elle et son idole pour les inscrire dans un processus créateur. Faire revivre? Elle n’est pas encore morte. Justifier? On ne justifie pas un génie. Rendre hommage et inscrire à sa façon dans une mémoire collective. Cela se peut. Martine, par son désir de filiation avec la photographe, vient recréer les motifs qui traversent l’œuvre de Goldin: le ressassement, les sujets tabous, l’omniprésence de la religion et le l’aliénation familiale.

Sans s’adresser à des spécialistes de cette artiste, les initiés prendront certainement plus de plaisir à la lecture de cette œuvre que ceux qui en sont totalement vierge. Prenez  Sœurs Saintes et Sibylle, Tokyo Love, The ballad of sexual dependency ou une autre oeuvre dont le titre vous aguichera davantage et imprégnez-vous de la douce folie de la photographe et vous verrez la profondeur de  l’essai-retable sur l’œuvre de Goldin.

– Vickie Lemelin-Goulet