Poirier / Photo : Audrée Loiselle

Pour la 19e fois, MUTEK, qui se consacre au développement et à la diffusion de formes numériques émergentes (musicales, visuelles, sonores), s’immisçait à travers la Place des festivals.  Fort de sa programmation avant-gardiste, MUTEK réussi toujours à aller chercher un effet wow dans le tournant, qu’on s’intéresse aux formes numériques ou moins. Je pense notamment à la série Satosphère où l’on y vit des expériences audiovisuelles immersives.

Pour le plaisir du mélomane curieux et cassé, le festival offre des séries gratuites s’échelonnant sur cinq journées consécutives, soit du 22 au 26 août. Jeudi soir, je me rendais sur l’Esplanade de la Place des Arts, le temps de m’imprégner de la série Expérience (2).

En sortant de la station Place-des-Arts, j’ai suivi la musique pour me diriger. Mon ouïe comme guide touristique. Je cuisine à l’odeur aussi. Posséder une foi inébranlable en ses sens peut-être, être insouciante surtout.

En entrant dans l’enseigne, je me suis demandée si MUTEK s’était muté en un Puce Pop ou en Souk à la SAT. Ah, c’était absolument joli, mais juste en deçà de ce que je m’étais imaginée en terme musical. Après quelques minutes, j’ai repéré le DJ booth. Il était désert, à l’exception de quelques enfants attroupés autour des jets d’eau et d’une dame vraiment motivée qui se déhanchait comme si demain n’allait jamais poindre. En tendant l’oreille, une autre onde musicale, qui différait de l’atmosphère immédiate, surgissait au loin. Je me suis approchée pour y découvrir que plusieurs centaines de personnes étaient rivées aux jolies mannequines qui défilaient sur le runway extérieur.

Je me suis furtivement esquivée vers un endroit moins achalandé, en l’occurrence un espace où des palettes de bois formaient des chaises jonchant le sol. Tout le monde était gracieux et lumineux, avec du style à revendre. Je vous le dis d’avance, les pantalons rouge brique ultra larges en tissus de savane seront très en vogue pour la saison à venir. Je me sentais déglinguée avec mon bomber Adidas et mes Reebok blanc crème. Au moment où un jeune garçon s’est emparé du dossier de la chaise de devant, en guise de glissade, j’eus une épiphanie. « Coudonc, je suis zéro sur l’Esplanade moi là! »

Certains possèdent un sens de l’orientation, moi j’ai d’autres qualités.

Sur l’Esplanade, la scène, tout de néons vêtue, s’élevait au fond de l’espace. Le DJ vétéran, Poirier, s’est installé à ses platines en plein centre de la scène et un jingle personnalisé s’est fait entendre. Avec l’immense triangle lumineux au dessus de sa tête et les lumières en stroboscope, Poirier s’est activé. Après trente secondes, la foule était déjà conquise. Force est d’admettre que son style a parfaitement bien traversé le temps et que son doigté artistique n’a pris aucune une ride. En surfant notamment sur les vagues très rythmées que sont l’afro-beat et l’afro-house.

Alors qu’à l’avant de la scène s’articulait une bataille de danse où un cercle dense de spectateurs acclamait tour à tour de merveilleux danseurs et danseuses. Trois messieurs magistraux en particulier qui volaient la vedette. J’en ai repéré un. J’aurais voulu danser avec lui jusqu’au bout du temps. Il était parfait avec sa chemise orangée, son bandeau dans les mêmes teintes, qui lui recouvrait la moitié de la tête, et son pardessus une-pièce violet en toile de parachute. Quelques mannequins se mouvaient à l’avant, au gré des chansons blastées à travers les haut-parleurs.

Henry, coup de cœur de l’auteure de ces lignes… / Photo : Audrée Loiselle

Le monde était beau et libre avec ses mom jeans et ses converses. Surtout la dame recouverte de soie et arborant un immense chapeau soleil du dimanche.

Du coin de l’œil, je m’aperçus que mon meilleur, mon danseur préféré, avait volé jusque sur la scène. Les spectateurs jubilaient, tandis que Poirier ne lâchait pas d’être au top.

Entre ses twerks assumés, le Cat Walk au sol, son pole dancing et ses mouvements lancinants et précis, Henry (dont on apprendra le nom plus tard en soirée) captivait. Le public s’entichait de ses ardeurs. L’interprétation donnait tout son sens au son qui retentissait sur la Place des festivals.

Lorsque le DJ s’est écrié « Yeah Montréal! Mon nom c’est Poirier, je suis tellement content d’être ici ce soir à MUTEK! », je pense que j’ai plus entendu quelque chose comme « Je suis tellement content d’être à CKOI ce soir, reste en ligne et je t’envoie ton t-shirt ». La voix des années 90, toute. Pareil pareil.

Je me suis recluse là où les vieux pervers pullulent habituellement, pour avoir une belle prise de vue sur l’atmosphère et les gens. Il y régnait une ambiance de club électrisante, là où le party se mélange à l’aurore. Toujours maître dans son domaine, Poirier sait mettre le feu à l’air et amener le public dans son univers.

Les oiseaux rares n’étaient plus que normalité et tous dansaient l’air heureux, dans cette température au confort inouï.

Un moment aussi doux que réussi. Bravo MUTEK, on se voit l’année prochaine.

Audrée Loiselle

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