Bien qu’il marque un retour aux thèmes qui avaient si bien servi Kid Koala par le passé avec « Space Cadet » et « Nufonia Must Fall », l’album Music to Draw To: Satellite se situe davantage dans le renouveau que dans la continuité. C’est effectivement la première fois que le virtuose du scratch troque les échantillonnages qui ont fait sa renommée pour plutôt nous offrir des œuvres composées et interprétées sur des instruments de musique traditionnels. Les tables tournantes, reléguées à l’arrière-plan et à une fonction plus ambiante, laissent donc l’avant-scène au synthétiseur, à la guitare et à la basse.

Le concept de Music to Draw To vient d’une série d’événements où Koala faisait jouer des pièces plus lentes et méditatives alors que l’auditoire était invité à dessiner, à écrire ou à travailler sur d’autres projets quelconques. Avec le temps, Eric San de son vrai nom a incorporé de « vrais » instruments à ces performances. Il en résulte une musique ambiante et minimaliste, à la fois polaire et cosmique, flottant entre le post-rock et l’électro-pop.

Or, même si les mélodies concoctées par le nouveau multi-instrumentiste sont charmantes, elles ne constituent pas le principal attrait de cette première aventure chansonnière du Kid. Le vrai génie de San réside plutôt dans le souci du détail qui est perceptible dans les techniques d’enregistrement et de production sonore lui permettant de créer cette atmosphère céleste et glaciale. Dès le début, « The Observable Universe » établit l’ambiance de façon remarquable. La ligne de basse simple, répétitive et aérée à laquelle viennent se superposer des bourdons et plusieurs autres strates de sons ondulants et intrigants évoque de manière fort éloquente le mouvement orbital d’un satellite recevant et émettant une multitude de signaux et d’ondes radio.

Entre alors en scène Emilíana Torrini et nous nous retrouvons aussitôt en apesanteur, seuls, à la dérive dans la froideur et l’immensité du cosmos. Présente sur sept des dix-huit pièces de l’album, la délicate voix de l’Islandaise, à la fois glaciale et intimiste, sert très bien la trame narrative de l’opus, cette histoire de deux amoureux séparés par un aller simple pour Mars.

Pour la tournée de l’album, le créatif DJ a élaboré un concept d’orchestre de tables tournantes où l’auditoire, guidé par la couleur de l’éclairage, crée la musique en faisant jouer le vinyle approprié. Ce sera sans aucun doute une expérience unique, à ne pas manquer au Centre Phi au début février.

Guillaume Francoeur

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Date de sortie : 20 janvier 2017
Étiquette : Arts & Crafts