Il semble qu’on se surprend de moins en moins de voir des spectacles en formule « plateau double », mais pour proposer un programme triple, il faut dire que Montréal en lumière fait ça en grand… surtout pour l’exigu Verre Bouteille. Le triplé mettait en vedette Chassepareil, Mathieu Bérubé et Joëlle Saint-Pierre, trois étoiles montantes de la scène folk québécoise. Une soirée chaude allait s’ensuivre (était-ce vraiment surprenant?) le dimanche 26 février.

Joëlle Saint-Pierre

C’est seule que l’auteure-compositrice-interprète a brisé la glace. Tantôt au vibraphone pour des chansons souvent légères et ludiques, tantôt au clavier pour les ballades plus touchantes et émotives, tantôt à la guitare pour nous prouver qu’elle peut au moins jouer quatre accords, Joëlle Saint-Pierre s’est montrée stressée, mais a relevé son défi avec brio. Il y avait bien quelques accrochages ici et là et une brève hésitation dans un de ses textes (on n’oublie pas si facilement un « heu » au milieu d’une toune), mais dans l’ensemble, l’artiste a bien réchauffé la salle avec ses chansons entre aux mélodies juste assez pop.

De son propre aveu, Joëlle Saint-Pierre joue davantage avec un groupe derrière elle ces jours-ci. On aurait bien voulu l’entendre à pleine capacité avec ses musiciens, mais on comprend qu’un full band pour même pas 30 minutes de musique, ça ne valait pas tout à fait la chandelle. Au moins, le reste de la soirée n’allait faire aucun compromis quant au nombre de musiciens.

Joëlle Saint-Pierre / Photo : Olivier Dénommée

Mathieu Bérubé

L’annonce du spectacle créait une certaine ambigüité : on ne savait pas trop dans quel ordre tout ce beau monde allait passer. La coutume aurait laissé supposer que Mathieu Bérubé, de plus en plus établi, surtout depuis la sortie de son premier long jeu Saudade il y a tout près d’un an, serait la tête d’affiche et que Chassepareil, montant rapidement mais encore relativement peu connu à Montréal, jouerait en milieu de soirée. Surprise : c’est bien Bérubé et ses musiciens qui ont suivi Joëlle Saint-Pierre. Habitué au Verre Bouteille (on l’y avait d’ailleurs vu en clôture du Coup de cœur francophone il y a quelques mois), il avait visiblement envie de s’amuser et d’expérimenter un peu… On a justement eu droit à une version reggae de « Toutes les couleurs » (finalement assez réussie) et à du nouveau matériel en fin de spectacle. Lorsqu’on fait tous les petits bars comme il le fait, on comprend assez bien pourquoi Bérubé avait envie de faire autre chose, quitte à sembler prendre son set à la légère par moments. Ils auront tout de même joué pendant 45 minutes avant de quitter la scène, le front en sueur dans le cas de Mathieu Bérubé.

Deux mots sur ses musiciens : son groupe fait une énorme différence dans le son de Mathieu Bérubé. Leur synergie et leur complicité y sont pour beaucoup dans le succès de ses chansons, qui sont certes poétiques et généralement sensuelles dans le thème, mais qui manquent aussi beaucoup de mordant lorsque Mathieu Bérubé joue en solo. Ce soir-là, la disposition des musiciens mettait au premier plan l’altiste Mélanie Venditti. Même pas une semaine après son passage aux Francouvertes, on pouvait difficilement ignorer le fait qu’elle était dans sa bulle et qu’elle manquait une fois de plus de présence, surtout à côté de musiciens plus intenses comme Simon Piché-Castonguay et surtout Cédric Martel.

Mathieu Bérubé et Cédric Martel / Photo : Olivier Dénommée

Chassepareil

Cet automne, le quintette du Lac-Saint-Jean lançait son premier album, Les oiseaux d’hiver, un opus folk qui surprend par sa maturité avec des accents rappelant tantôt Harmonium ou Beau dommage… alors que personne dans le groupe ne dépasse la mi-vingtaine. C’était assez pour Montréal en lumière, qui a permis au groupe de jouer pendant une heure.

C’était essentiellement l’album qui était joué en spectacle, avec la même précision qu’en studio. Petit changement : un musicien avait été remplacé, mais son substitut semblait connaître à merveille les chansons et s’est très bien greffé au groupe. Quiconque ne connaît pas Chassepareil n’y verrait que du feu. Certaines personnes dans la salle ont d’ailleurs admis par applaudissements n’avoir aucune idée de qui était le groupe. Ils n’ont, semble-t-il, pas trop été déçus de découvrir ce que le band avait dans le ventre. Un des moments forts de la soirée était la jolie « Kyrie », à la fois pour ses chœurs et pour la présence de Mathieu Bérubé qui était invité pour chanter un couplet.

Chassepareil / Photo : Olivier Dénommée

Le Verre Bouteille en a redemandé malgré l’heure tardive (il était tout près de 23 h lorsque Chassepareil a terminé sa performance), et le rappel était bien mérité, même si les musiciens étaient visiblement un peu fatigués. Le public aussi devait être fatigué, après un total de 2 h 15 de musique en une soirée. Vraiment, Montréal en lumière a bien fait de jumeler ces artistes : davantage de plateaux triples comme celui-ci seraient d’autres beaux tremplins pour des découvertes.

– Olivier Dénommée