Il y a elle.
Il y a lui.
Il y a eu leur relation.
Maintenant, il y a leur rupture.

Rien de bien passionnant. Un « avant, pendant, après » bien ordinaire de deux personnes ordinaires dans leur quotidien… ordinaire.

Il n’y a jamais eu de passion entre eux. La lune de miel fut courte, pour ne pas dire inexistante.

« Combien de signaux clairs faut-il pour reconnaître qu’une relation est engagée sur la mauvaise voie? »

Elle y a sûrement cru, un jour, une nuit. Elle ne sait plus. Sûrement qu’elle y a cru…

« Il ne fallait rien précipiter. Apprendre la patience aussi. N’avait-elle pas souhaité tout ce qui lui arrivait? Un homme à son niveau intellectuel, établi, sans enfant, un revenu semblable au sien. Pas de grands émois, mais la stabilité. »

Elle a souhaité ce long fleuve tranquille qu’elle déteste maintenant. Parfois, nos rêves se révèlent cauchemars.

Monstera deliciosa

La plante avait quadruplé depuis son acquisition. Cette plante avait été son salut suite à une longue dépression. C’est les deux mains dans la terre qu’elle avait retrouvé ses racines. Comme une thérapie naturelle de l’âme, une greffe du cœur. Elle avait fleurie grâce à elle.

Sa fille, qui reçoit le legs, reprendra la plante comme on reprend un travail inachevé. N’a-t-on jamais fini de travailler sur soi? La croissance de la plante avait suivi sa propre croissance : les racines débordaient maintenant de son pot. Elle avait besoin d’espace, d’air, d’une nouvelle terre, de se déraciner pour pousser pousser pousser et grimper vers la lumière.

Les monsteras peuvent supporter la lumière vive mais pas le plein soleil, cette plante préfère la mi-ombre. Elle préfère l’ombre…

« A partir de quand on sait que c’est assez? Combien de temps il faut pour se convaincre que c’est fini? Qu’y a pus rien à essayer que c’est inutile que ça vaut pas la peine de chercher quoi faire pour que la relation dure encore? Parce qu’on peut juste pas l’accepter? »

L’acceptation. Le scénario se répète de mère en fille. Le questionnement de la progéniture fait écho en la matrice. Le doute qui tue. Les questions sans réponse. Une malédiction. Ensemble, mais seuls pourrait-on dire. Un vide doublé d’incertitudes, de tiédeur, d’insatisfaction. Elle avait voulu expérimenter une nouvelle forme d’amour sans passion.

La passion tue.
Tout se trouve dans le « tu ».
Elle et il n’ont pas de « je ».

Rien qui part d’eux. Une floraison mensongère bâtie sur des mots et très peu d’actions. Ils avaient entassés deux terrains sur un seul territoire. Elle allait se rempoter, arroser son « je ».

« Je lui en veux d’être qui il est. Je savais, oui, depuis le début, je savais qu’il était malhabile, inconfortable même, à exprimer ou vivre de la tendresse, nous en avions discuté, il avait admis que c’était un problème, avait promis de faire des efforts.

[…] Creuser pour comprendre, aller consulter, je ne sais pas combien de fois j’ai abordé la question avec lui. C’était inutile et stupide. Il aurait fallu que je puisse l’accepter tel quel. »

De la magnifique plume de l’auteure Lynda Dion, Monstera deliciosa s’inscrit dans la simplicité, la pureté de l’état et la déconcertante vérité. Le couple sous sa forme platonique qui croit pouvoir se contenter de ce qu’il a. Le couple qui prend racine dans une terre infertile. Le couple qui déborde de son pot.

Élizabeth Bigras-Ouimet

Monstera deliciosa, Lynda Dion, Hamac , 2015.