Ariane Cordeau publie cet hiver chez Leméac son premier roman Moitié vrai. On y raconte l’histoire d’une femme, Marie ou Mimi, que l’on devine dans la mi-trentaine, qui tente de faire la lumière sur ses origines, après que l’homme qu’elle a toujours considéré comme son père lui dit qu’elle n’est peut-être pas sa fille. S’ensuit un voyage en France ainsi qu’une rencontre inattendue avec une vieille tante sénile qui habite dans un château. Sur les traces de l’homme qu’elle pense être son père, elle fait aussi la rencontre d’un homme du nom de Paul, avec qui elle tombe éperdument amoureuse dès le premier échange. Leur histoire survivra-t-elle à la vérité qui s’apprête à éclater au grand jour?

Mimi est une femme compliquée. Sa relation avec son père est difficile, remplie de non-dits et de reproches. Celle avec sa mère est chaleureuse, mais encore là, cette dernière semble vouloir la tenir à distance. Un des points forts du roman réside dans la description que fait Cordeau de l’angoisse et de l’anxiété que vit le personnage principal. Grâce à un habile jeu de narration, le lecteur a droit à quelques brides de pensées au fur et à mesure que les actions se déroulent, donnant l’effet parfois étourdissant du flot de pensées vécu par les personnes anxieuses. C’est d’ailleurs un sentiment peu exploité en littérature, mais fait ici d’une manière parlante.

Cependant, l’histoire parfois rocambolesque de la recherche des origines de Mimi laisse place à un dénouement qui tombe à plat, surtout parce que tout le monde semble s’être joué de Mimi sans aucune raison. En dire plus dévoilerait un peu trop de l’intrigue, et gâcherait le plaisir de lecture. Disons seulement que la vérité se cachait là où on ne s’y attendait pas vraiment, mais que ça n’apporte rien de plus à l’histoire.

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Extrait:

Autour d’elle les villageois prenaient l’apéritif aux terrasses agglutinées le long de la rue principale. Elle prit place n’importe où sur une chaise libre entre une famille turbulente et une paroi de verre rayée de graffitis. Elle avait perdu tous ses repères. Elle vivait une expérience hors du monde, à des années-lumière de Montréal, de Brossard et des Éboulements. Plus rien n’existait que Bédarieux, que la faim qui la taraudait et que Paul. Était-il réel? Elle en doutait. Elle allait l’appeler juste pour vérifier. Cet égarement merveilleux jetait une nouvelle lumière sur sa quête primordiale. Trouver son père devenait un enjeu relatif. Dans son dos, le pan de mur de vitre était celui d’une cabine téléphonique.

Elizabeth Lord

Moitié vrai, Ariane Cordeau, Leméac, 2015.