Pour la deuxième année consécutive, la pièce chorégraphique MOi | iOT revient dans la cadre de« Jouer dehors », programme de La danse sur les routes du Québec (DSR) conçu pour décloisonner la danse contemporaine et l’amener dans des lieux publics. Tout un défi que Geneviève a adoré relever. En tournée pour tout l’été, elle nous parle de ce beau projet avec son collaborateur Philippe Dandonneau.

MOi | iOT : danse in situ (Extraits) from Geneviève Lauzon Danse on Vimeo.

Tout d’abord, pouvez-vous me parler de votre parcours? 

Geneviève : Je suis finissante du baccalauréat en danse contemporaine de l’UQAM, profil interprétation. Avant de me rendre au BAC, j’ai été à École de danse Louise Lapierre en tant que boursière pendant cinq ans, pendant que j’étais au secondaire. À cette époque, je pratiquais plusieurs styles de danse : du jazz, de la claquette, à l’époque c’était du funky, chanté-dansé, du ballet et du moderne. Puis ensuite, je suis allée au Cégep Montmorency faire mon DEC en danse et ensuite l’UQAM !

Philippe : J’ai fait mon Cégep en danse à Montmorency, ensuite j’ai marqué une pause de cinq ans avant de m’inscrire à l’université en danse contemporaine à l’UQAM dans le volet chorégraphie. J’ai gradué en 2014. Depuis, je collabore avec Geneviève et je fais mes propres pièces aussi. J’ai une carrière d’interprète et de chorégraphe.

Geneviève, quelles ont été vos premières expériences chorégraphiques?

Mes premières expériences chorégraphiques se sont déroulées avec de grands groupes, notamment avec les ensembles vocaux comptant entre 80 à 250 personnes. Aussi, j’ai chorégraphié des événements pour le Festival Juste pour rire, sur la place des Festivals. C’est souvent des chorégraphies avec des danseurs professionnels et des non-danseurs. J’ai beaucoup travaillé avec des metteurs en scène aussi, pour qu’il y ait une histoire. C’était souvent des gros spectacles où la danse s’insère, plutôt qu’un spectacle de danse seulement. J’aime bouger, j’aime quand c’est physique. C’est sûr que je m’inspire aussi de mon bagage antérieur, qui marie plusieurs styles de danses. Pour cette pièce-là, même si c’est moi qui fait le choix final, Philippe a évidemment une grande participation au niveau de ce qu’il propose lui comme gestuelle. Puis j’ajuste selon ma vision.

Geneviève, peux-tu me parler du projet MOi | iOT? Qu’est-ce qui t’a menée à cette création?

Geneviève : MOi | iOT, c’est une de mes premières expériences en tant que chorégraphe de danse contemporaine. Mes autres expériences, c’était pour lier à des mises en scène. J’avais envie de faire quelque chose de plus intime, moins dans le spectaculaire, plus dans la sensation, dans la recherche du mouvement. C’est parti d’une réflexion personnelle. Mon premier filon a été les rencontres dans des lieux publics. J’étais assise dans un parc, j’écrivais beaucoup, j’étais dans ma bulle et je me sentais un peu seule. Il y avait plein de gens qui gravitaient autour de moi, puis je me suis dit qu’il y avait forcément d’autres personnes qui étaient dans le même état que moi à ce moment. Qu’est-ce qui peut arriver si on tend la main aux autres par un regard, un sourire, un bonjour, une parole? C’est un peu mon point de départ.

Je voyais la proximité de deux personnes assises sur un banc, puis il ne passait rien. Alors qu’ils étaient assis assez près l’un de l’autre! Ensuite, j’ai extrapolé vers l’ouverture à l’autre, le support, l’entraide. On a développé notre travail de poids, autant l’un envers l’autre qu’avec le banc. Il était là dès le départ et je savais que je voulais présenter cette proposition en extérieur. L’intégration de l’espace est venue davantage avec le deuxième travail, en 2017. Maintenant, on est beaucoup plus souple. Et à chaque fois qu’on se déplace d’un banc à l’autre, c’est primordial pour nous qu’on ne soit pas juste sur nos bancs. On inclut l’espace qui vient faire office de troisième danseur.

Pour vous, qu’est-ce que ça apporte de danser dans un lieu public?

Geneviève : Ça amène beaucoup d’imprévus qui sont le fun en fait! J’ai beaucoup ce souci-là en tant qu’interprète de demeurer allumée, de ne pas tomber sur le pilote automatique. Comment surprendre encore? Le fait d’être à l’extérieur, que le public puisse se déplacer, ça apporte de belles surprises.

Philippe : Il y a eu une fois où on avait aucun endroit où s’asseoir! C’était à Saint-Malo. On a dû improviser. C’était vraiment un gros défi. Mais ça nous permet de chercher des alternatives, de se demander comment l’adapter.

Geneviève : Des fois, il y a des gens qui sont assis sur nos bancs. En cours de route, ce qu’on a planifié le matin, ça change quand on présente. Les gens ne sont pas nécessairement placés où en pensait! On va se rapprocher d’eux, il y en a qui vont quitter, il y en a qui restent assis… On joue avec ça! C’est ce que j’aime : la proximité et le fait d’être encore plus alerte.

Généralement, comment réagissent les spectateurs? Que vous disent-ils?

Geneviève : Les gens sont souvent surpris. Ils parlent aussi du malaise en tant que spectateur de ne pas savoir où se positionner. Ils ne savent pas comment réagir. Ils se demandent s’ils doivent se tasser pour laisser de la place. On sent s’ils sont respectueux ou non. Les gens voient des choses différentes. Certains vont voir un couple, il y en a qui vont voir des frères et sœurs, deux amis, la rencontre. Habituellement, les gens sont quand même pas mal proches du canevas qu’on veut.

Philippe : Ce qu’ils voient plus souvent, c’est le support. C’est clair que l’un cherche l’aide de l’autre. Déséquilibre et support, ce sont des mots qui reviennent souvent!

Et pourquoi avoir choisi le médium de la danse?

Geneviève : C’est un médium qui m’interpelle depuis que je suis toute jeune. C’est pour moi une façon de me vider l’esprit autant que de lâcher mon fou. De vraiment m’exprimer en fait. On dirait que je peux vraiment me retrouver! Je suis fascinée par le corps humain. J’ai étudié en sciences de la nature aussi. Je pense que si je n’étais pas devenue danseuse, je serais devenue une osthéopathe, ou que je pratiquerais un métier qui se rapporte au corps. L’entraînement physique ça m’intéresse. Voir jusqu’où on peut pousser le corps, c’est quoi les possibilités, comment je peux toujours améliorer ça et aller plus loin… Et la danse permet d’aller dans des subtilités qui sont pas nécessairement dans la performance musculaire. On tombe dans quelque chose de plus sensible.

Léa Villalba

Prochaines dates :

15 JUILLET | LAVAL
(Près de la fermette)
13H00 + atelier
15H00 + atelier

27 JUILLET | LA MALBAIE
(Fiesta Desjardins – sur le site des spectacles)
12H15
19H45

31 JUILLET | MONTRÉAL
(Parc William-Bowie – rue Trenholme)
19h00

26 AOUT | MONTRÉAL
Station F-MR

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