Crédit photo : Stéphanie Capistran-Lalonde

Moi, dans les ruines rouges du siècle nous transporte en Ukraine sous le joug de l’URSS, où la fin du XXe siècle est une époque de grands bouleversements. Et pour Sacha Samar, ainsi que les autres habitants de ces contrées, ces événements ont façonné leur vie de manière irrémédiable.

L’enfance de Sacha sera brisée par la séparation de ses parents, puis la disparition de sa mère. Il ne cessera de la chercher, malgré l’opposition de son père. Cette quête est le coeur de l’histoire, mais malheureusement passe au second plan des mésaventures de la vie ordinaire : ribambelle de mères d’emprunt, vedettes de hockey et de gymnastique, imitateur de Lenine, service militaire obligatoire et histoires d’amour ratées.

Les années, les lieux et les personnages se superposent : des conversations imaginaires avec Youri Gagarine et Nadia Comaneci, l’idée que toutes les femmes puissent être sa mère, des dialogues qui traversent le temps ou l’écran de la télévision, des lieux conjoints et disjoints au gré des scènes. J’aime la façon dont l’espace est utilisé; ce n’est pas nouveau, mais je trouve toujours intéressant de tordre le récit pour suivre le cours de la pensée.

Et voilà qu’on arrive à la fin et qu’on précipite ces retrouvailles tant espérées. J’aurais aimé être touchée et émue, j’aurais pu si on avait pris le temps de vivre cette scène plus pleinement, de laisser se déployer tous ces sentiments réprimés depuis tant d’années.

Je veux souligner la résonnance du texte d’Olivier Kemeid et la performance remarquable de Marilyn Castonguay. Ensemble, c’est un poignant monologue sur l’explosion nucléaire de Tchernobyl. L’énumération, minute par minute, de l’arrogance des hommes. À couper le souffle.

Ce n’est pas de leur faute, mais après Le long voyage de Pierre Guy B. et Norge, j’en ai un peu assez de l’autobiographie. Pas toutes en même temps la prochaine fois?

Ariane Hivert

Moi, dans les ruines rouges du siècle est présenté au Théâtre Périscope à Québec jusqu’au 18 avril 2015 et au Théâtre de Quat’Sous à Montréal du 19 au 23 mai, mais aussi à Rouyn-Noranda, à Sudbury et à Trois-Rivières (voir toutes les dates). Texte et mise en scène d’Olivier Kemeid, une production des Trois Tristes Tigres.