Dans son recueil d’essais littéraires Dépasser le pays natal, l’écrivain chinois Mo Yan nous offre un aperçu de ce qui l’inspire, de ce que lui apporte la littérature et de la façon inéluctable dont son pays et sa contrée teintent son œuvre.

C’est à travers quatre textes d’une rare justesse que le prix Nobel de littérature nous fait voyager, de son enfance dans le village de Gaomi, dans le Shadong pauvre et miséreux des années 1950 et 1960, aux premières traductions de ses romans, jusqu’à la consécration internationale avec ce prix Nobel en 2012.

Dans le premier texte « La faim et la solitude sont les atouts de ma création », l’auteur raconte son enfance et la marque indélébile qu’elle laissa sur lui et sur son œuvre, car, raconte-t-il, c’est en majeure partie dans ses souvenirs qu’il puise son inspiration, la chair première de ses romans.

Le deuxième texte « Comment ça va oncle Faulkner? » relate la fébrilité et les jours de fièvre du tout premier contact avec la notoriété mondiale lors de la traduction de ses romans en d’autres langues au cours des années 1970.

Suit alors une longue et fantastique conversation avec l’écrivain de renom japonais Kenzaburo Oe. L’auteur nippon et l’écrivain chinois, tous deux orientaux, tous deux marqués par l’enfance, la campagne et la misère noire, échangent sur la littérature et sur l’art du roman.

Ils parlent de Kawabata, de Cholokhov, d’Hemingway, discutent de l’incontournable œuvre de Mo Yan, échangent des souvenirs épars et diffus, des anecdotes d’enfance.

Le mémoire de maîtrise de Mo Yan, le texte phare de ce recueil,  « Dépasser le pays natal », clôt de merveilleuse façon cet essai: Faulkner, Tsutomu, Yasunari, Lawrence, Shuli, Balzac, Garcia Marquez,  Vargas Llosa, Joyce, Wolfe, Elliot: les influences romanesques et littéraires de Mo Yan se déclinent les unes après les autres dans ce texte qui nous explique en quoi le pays teinte inévitablement l’œuvre, et comment une œuvre se veut obligatoirement le reflet des expériences de l’auteur : « N’importe quel écrivain – un vrai- , nécessairement, doit se servir de son propre vécu pour tisser une histoire et ce qui a été vécu affectivement est plus important que ce que l’on a éprouvé dans son corps […] » Ainsi donc sont nés plusieurs romans de Mo Yan tels que Le Clan du sorgho rouge, Le pays de l’alcool, Le radis de cristal, Beaux seins, belles fesses et La mélopée de l’ail paradisiaque.

Malgré leur portée mondiale et leur long périple jusqu’à nous, Occidentaux du Québec, tous ces romans sont issus du même lieu, et renvoient encore et toujours au minuscule village de Gaomi, et à ce petit garçon chinois avide d’histoires à l’odeur de terre.

– Charles Quimper

Mo Yan, Dépasser le pays natal, Éditions du Seuil, 2015.