La littérature jeunesse, c’est un lieu de rencontre unique, une passerelle entre l’enfance et l’âge adulte. C’est l’occasion de s’évader dans l’imaginaire d’autrui. C’est le plaisir partagé, décuplé. Afin d’en apprendre un peu plus sur les artisans de petits bonheurs qui se cachent derrière nos albums, documentaires et romans jeunesse préférés, Les Méconnus reviennent avec la série de mini-entretiens.

« L’origine du projet voit le jour à travers un article viral, partagé des milliers de fois, publié par Mylen Vigneault sur Yoopa intitulé “25 choses qu’un enfant de maternelle devrait savoir”. Dans cette continuité, cet album relativise les attentes autour de l’enfant, et le recentre vers l’essentiel : savoir profiter de chaque instant et être heureux, tout simplement. »

Quel parcours original pour un album! Si la première mouture visait davantage les parents, la nouvelle forme avec les délicates et douces illustrations de Maud Roegiers a tout pour plaire aux jeunes enfants. Le (touchant) texte de Mylen Vigneault nous ramène à l’essentiel et invite l’enfant à prendre le temps, à s’amuser, à rêver…bref à faire ce qui le rend heureux. Un sympathique rappel aussi pour les parents de relâcher la pression un brin. Le sais-tu ? est un album parfait pour se caler confortablement sous la couette et vivre un joli moment de lecture avec les minis, et ouvrir la discussion sur la confiance et l’estime. Bref, un album à relire et partagez. L’auteure, Mylen Vigneault, a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Le texte de Le sais-tu? est touchant, tendre et empli de bienveillance. Un texte inspiré d’un de tes billets de blogue qui a résonné chez plusieurs et a été partagé des milliers de fois. Peux-tu nous en dire plus sur tes sources dinspiration? Pourquoi ce texte est important maintenant?

J’ai écrit le texte initial (destiné aux parents), quand une de mes filles (qui a aujourd’hui 10 ans) débutait la maternelle. Déjà à la fin de sa dernière année de garderie, elle me confiait être inquiète au sujet de cette rentrée, car elle avait «peur d’être incompétente»!

Alors que j’ignorais qu’elle connaissait ce mot, je me suis demandée pourquoi elle se mettait autant de pression, malgré tous mes efforts pour que ce ne soit pas le cas. Et je me suis questionnée sur les attentes que la société a envers les enfants, de nos jours. Sur leurs parents, aussi! Car plusieurs se demandent ce que leurs enfants «doivent» savoir-faire à telle et telle étape de leur développement. On oublie peut-être un peu (beaucoup) le «savoir-être un enfant». Je ne suis pas une spécialiste, mais ayant  5 enfants qui ont de bons écarts d’âges, j’ai l’impression qu’entrer à la maternelle de nos jours, c’est pas mal plus sérieux qu’auparavant… Ce n’est la faute de personne en particulier, mais on peut tous et toutes essayer de relâcher un peu la pression sur les épaules de tout le monde, surtout des petits, je pense…

Est-ce que tu peux nous parler un peu du parcours particulier de cet album?

C’est un des beaux hasards de la vie! Comme tu l’as mentionné ci-haut, dans une autre vie, je bloguais et ce billet «de la rentrée» s’est promené pas mal sur les réseaux sociaux. C’est sur la page Facebook de son institutrice de maternelle que l’auteure et illustratrice Maud Roegiers l’a découvert. Maud y a vu du potentiel et elle m’a écrit pour me demander si j’avais envie d’adapter mon texte sous forme d’un album jeunesse.

J’ai été on ne peut plus surprise de cette proposition. Honnêtement, je n’avais pas l’impression d’avoir écrit un truc si intéressant et Maud est tout à fait capable de créer un livre toute seule (elle a tous les talents cette fille!), mais il semblerait qu’elle est tombée amoureuse de mes mots. Et moi j’ai été totalement charmée par ses oeuvres. Elle a dessiné une maquette et alors que j’étais en voyage en Belgique (car autre hasard, mon conjoint est Belge), elle m’a ouvert les portes de chez Alice Éditions! Mon complexe d’usurpatrice et moi en sommes sortis un peu déboussolés, mais en novembre suivant, je signais mon contrat avec Mélanie, notre super éditrice… au Salon du livre de Montréal! C’est vraiment un pont entre le Québec et l’Europe qui s’est construit ici. Une chouette collaboration!

D’ailleurs, quapportent selon toi les illustrations de Maud Roegiers au texte initial?

Maud a apporté la magie, la poésie! Elle a ajouté de la douceur au texte, elle aide à ouvrir les coeurs, pour mieux ressentir le message au lieu de le garder dans le «cérébral». Jamais je ne lui ai suggéré quoi que ce soit comme illustration. J’aimais déjà sa couleur et ses couleurs et je n’ai pas été déçue de découvrir son interprétation de mes messages. Quand je regarde mon fils examiner les détails dans certaines pages, j’ai l’impression qu’elle voit dans la tête des enfants ce qui les attirera, les touchera. C’est un beau cadeau qu’elle m’a fait!

 Comment on se sent quand on tient en nos mains son premier livre publié?

C’était bizarre… j’ai tellement attendu cet exemplaire (c’est long, en bateau!). J’ai senti une espèce de « chaleur » dans ma main. Je l’ai parcouru, en caressant les pages et je me sentais très « humble », comme si je n’étais pas pour grand chose dans tout ça (promis, je me soigne!). C’est un peu comme avoir un bébé, on le regarde, on l’apprivoise… et ensuite on se demande si les autres le trouveront beau!

Puis, les réactions en Europe ont été positives (le livre est déjà en réimpression) et j’ai dû commencer à assumer que ce n’était pas juste ma famille qui disait l’aimer pour me faire plaisir!

Est-ce que tu as dautres projets d’albums à venir? Aimerais-tu tenter lexpérience à nouveau?

 Ça fait des années que j’écris des histoires en tous genres (depuis que je sais écrire, en fait). J’ai mis ça de côté pour passer au travers de mon quotidien, en me disant qu’un jour, je prendrais le temps. Quand on ouvre enfin le robinet de la créativité, il est difficile de le refermer! Alors oui, je compte présenter aux gens certaines de mes histoires. Maud est d’accord pour collaborer encore avec moi et nous devrions présenter quelque chose sous peu à notre maison d’édition (qui l’apprendra peut-être en lisant ceci!). On en discutera sûrement en novembre de vive voix, car Maud nous visitera pour la première fois à Montréal pour le prochain Salon du livre!

Pour terminer, afin de garnir la bibliothèque idéale, aurais-tu trois suggestions pour nos lecteurs?

Comme fort probablement tous les amoureux des livres, j’ai envie de m’exclamer «Seulement trois?!». Il est très difficile de répondre à cette question. Tout le monde est unique et heureusement, il existe des millions de livres pour que chacun y trouve son compte.  Alors peu importe le lecteur ou la lectrice, je suggérerais de choisir un livre qui fait rire, une livre qui fait réfléchir et un livre qui fait rêver…

Mais pour répondre à la question, je viens de fouiller dans les bibliothèques de mes enfants et j’ai sélectionné – avec grande difficulté- ces titres:

  • La soupe aux sous, de Geneviève Lemieux et Pierre Berthiaume : Parce que ma fille de 23 ans m’en parlait encore récemment. Si un livre demeure en tête une vingtaine d’années, il mérite une mention!
  • Les petites (et les grandes) émotions de la vie, de Montse Gisbert : J’ai un fils de trois ans qui a grandement besoin d’exprimer ses émotions. J’ai donc acheté plein de livres sur le sujet. Et ce petit (mais épais) livre m’a charmée, tant par ces illustrations que pour la grande variété d’émotions et de sentiments qu’il contient.
  • Le grain de sable, de Lili Chartrand et Marion Arbona : Parce qu’il nous rappelle de façon poétique que l’on doit toujours croire en ses rêves.

Et là, je vais tricher, mais je ne peux passer sous silence mon coup de coeur de l’an dernier, qui s’adresse aux enfants plus âgés. Lisa et Nouh, de Catherine Macé et Gwenaëlle Doumont : Ma fille avait 9 ans quand nous avons lu ce livre ensemble et nous avons pleuré, aussi ensemble. Parce que parfois, c’est nécessaire. À cette époque où la peur de l’autre fait souvent la manchette et que nos jeunes se demandent pourquoi on parle souvent des « migrants », c’est un incontournable.

– Mona Lacasse

Le sais-tu ?, Mylen Vigneault, Maud Roegiers, Alice, 32 pages, 2018.

Mylen Vigneault et Maud Roegiers seront de passage au Salon du livre de Montréal qui se tiendra du 14 au 19 novembre 2019. Elles seront en dédicace jeudi, samedi et dimanche en avant-midi. Pour tout connaître de leur horaire c’est ici.

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