La littérature jeunesse, c’est un lieu de rencontre unique, une passerelle entre l’enfance et l’âge adulte. C’est l’occasion de s’évader dans l’imaginaire d’autrui. C’est le plaisir partagé, décuplé. Afin d’en apprendre un peu plus sur les artisans de petits bonheurs qui se cachent derrière nos  albums, documentaires et romans jeunesse préférés, Les Méconnus reviennent avec la série desmini-entretiens.

« Dans la forêt, un petit pommier a poussé par hasard, au milieu d’un champ de sapins.

Il grandit là, triste et seul parmi des arbres immenses dont il envie l’existence. Il voudrait, lui aussi, s’envoler chaque année vers une maison chaude et accueillante, se parer de bijoux et veiller sur des trésors. Mais le destin, à sa manière, lui réserve une vie plus douce que celle de ses voisins.»

 Comment vous dire. C’est une histoire tendre, vraie. En douceur, voire en subtilité, on y aborde la différence, mais aussi l’indifférence, le rejet, la précarité. On suit un pommier, qui aimerait lui aussi être choisi et festoyé. Mais derrière la difficulté d’être soi et le rapport à l’autre, il y a parfois l’envie qui se terre dans l’idée, souvent idéalisé, de ce qu’est leur vie (il arrive quoi hein à ses beaux sapins après le nouvel an?!).

Magnifique dans toute sa sobriété, les illustrations sont fortes, l’ensemble est intelligent et touchant. Un album qui suscite la réflexion et ouvre le dialogue. Un album de Noel différent, mais une différence qu’on a tout intérêt à célébrer.

La très sympathique auteure, Joanie Desgagné, a accepté de répondre à nos questions.

D’abord peux-tu nous présenter en tes mots l’histoire de ce pommier ? 

Le pommier a poussé par hasard au beau milieu d’un champ de sapins baumier. Le 24 décembre arrive à grands pas et il se sent bien seul et attristé de voir tous les sapins de Noël l’entourant quitter pour des jours chaleureux et festifs alors que lui reste là, à rêver d’étoiles et de maisons parfumées. À l’instar de ce petit pommier, il nous est tous déjà arrivé de nous sentir bien seul, tellement différent, au milieu d’une masse de gens qui sont bien à leur place et qui ont leur destinée bien tracée. Heureusement, tôt au tard, nous trouvons tous nos propres forces, nos propres étoiles, notre place dans ce monde si vaste. Et en ce temps des fêtes qui approche, j’aimerais que mon histoire puisse trouver son chemin vers tous les petits et grands enfants qui rêvent d’étoiles et de maisons festives.

As-tu déjà croisé un pommier dans une grande forêt de conifères? Es-tu une habituée des grandes balades en forêt?

La nature, les balades en forêt et les rituels de Noël me ramènent automatiquement à mon enfance ; à des souvenirs tous plus doux les uns que les autres… À mon chalet au lac Michel notamment. Si je n’ai jamais croisé de pommier tel que celui dans mon histoire, il m’est cependant arrivé quelques fois de me sentir exactement comme lui. Aussi, c’est naturel pour moi d’aimer et d’adopter les arbres (et tous les autres trucs d’ailleurs) un peu différents, fragiles et originaux (il vous suffit de rencontrer mon chat et vous comprendrez, haha)!

Il s’agit d’un premier album jeunesse pour toi. Ça fait quoi d’être publié chez une maison d’édition aussi grande et importante que le Seuil jeunesse dès sa première publication ? D’autres projets à venir?

Oui! Mon premier bébé littéraire est arrivé la même année que mon premier bébé garçon! C’était une année pas mal chanceuse. Je suis née un 28 et j’ai fêté mes 28 ans l’automne dernier. Va savoir si tout ça est lié (rires). Être publiée au Seuil pour son premier livre, c’est exactement comme voir une étoile filante (restons dans les étoiles, tiens!). Au début, on se pince pour voir si c’est vraiment vrai, si ce qui nous arrive est réel. Ensuite, on ferme les yeux et on fait un vœu. Il paraît qu’il ne faut pas révéler nos souhaits, mais dans mon cas, j’ai souhaité très fort que cette première publication soit le début de ma grande aventure comme auteure. Mais parfois, il faut être très patient avant de revoir une étoile filante, vous savez. Il faut aussi ne pas avoir peur de changer notre ciel, ne pas avoir peur de regarder les choses autrement. Donc, en attendant mes perséides, j’écris (sans cesse!). Mon petit Napoléon (qui a 3 mois déjà) m’inspire déjà de nombreuses histoires. Mes deux belles-filles (Jeanne & Alice), elles aussi, continuent de nourrir ma plume avec leur imaginaire débordant. Des projets futurs, j’en ai donc une bonne dizaine qui attendent d’être acceptés par l’éditeur (ou les éditeurs) qui leur scient le mieux.

Est-ce que tu peux nous parler brièvement du parcours qui t’as mené jusqu’à eux ?

En lisant le carnet d’histoires de ma belle-fille Jeanne il y a de cela quatre ans, j’y ai trouvé une courte histoire de pommier raplapla. C’était comme un éclair de génie. C’était le petit truc que ça me prenait pour commencer à écrire et ne plus jamais m’arrêter. Je lui ai demandé si elle me permettait d’en faire une histoire. En une soirée, je suis arrivée à écrire la version actuelle du Pommier qui rêvait d’être un sapin. Par la suite, j’ai passé plusieurs mois à tenter des illustrations. Une fois l’ébauche du livre terminée, je l’ai imprimé une douzaine de fois et je l’ai fait parvenir à une douzaine d’éditeurs, un peu à la manière d’une bouteille jetée à la mer. Je ne m’attendais pas vraiment à une réponse…encore moins au bout de 6 ou 7 mois lorsque j’ai eu l’appel du Seuil. Ma bouteille à la mer s’était donc rendue de l’autre côté de l’océan. Aussi imprévisible qu’étonnant. Comme quoi, quand les astres s’alignent!

Afin de garnir la bibliothèque idéale, aurais-tu trois suggestions pour nos lecteurs ?

Trois seulement ? C’est cruel.

Disons d’abord  L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante (et ses suites). C’est LE livre que j’aurais voulu écrire.

Ensuite, Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay. C’est LE livre qui m’a rendue dépendante à la lecture et qui a fait naître mon urgence d’écrire.

Finalement, toute l’œuvre de Thierry Dedieu, parce que je suis incapable d’en nommer qu’un seul et que je suis impatiente de les lire à mon fils. Ce sont des histoires pour les petits et les grands d’une si grande qualité. Elles nous chamboulent le cœur et l’esprit. Dire que j’ai publié dans la même maison d’édition que lui!

L’histoire du pommier qui rêvait d’être un sapin, Joanie Desgagné et Juliette Barbanègre, Seuil Jeunesse, 2018.

– Mona Lacasse

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